Le czar avait accueilli, sans sourciller, ce projet. Il n’avait fait qu’une seule objection: la résistance de l’Impératrice-mère.

Alexandre, en même temps, insista pour que la Pologne fût à jamais effacée comme nation et qu’aucune pensée de relèvement de ce malheureux pays ne pût naître, en quelque circonstance que ce soit.

Des négociations secrètes, en vue d’une alliance avec la grande-duchesse, furent entamées par M. de Talleyrand et M. de Champagny...

Un conseil privé fut convoqué par l’Empereur, le 21 janvier 1810, pour examiner cette grave affaire.

En firent partie: l’archichancelier Cambacérès, le roi Murat, Berthier, M. de Champagny, l’architrésorier Lebrun, le prince Eugène, Talleyrand, Garnier, président du Sénat; Fontanes, président du Corps législatif; Maret, remplissant l’office de secrétaire.

L’Empereur présidait. Il annonça son projet de faire rompre son mariage avec Joséphine et demanda l’avis de ses conseillers sur le choix de la nouvelle épouse.

—Ecoutez, leur dit-il, le rapport de M. de Champagny, ensuite vous voudrez bien me donner votre avis.

M. de Champagny présenta un rapport sur les trois alliances entre lesquelles il était possible de choisir: l’alliance russe, l’alliance saxonne, l’alliance autrichienne.

Après avoir examiné les qualités personnelles des trois princesses, la fille du roi de Saxe se trouvait un peu mûre, mais une femme d’un rare mérite; l’archiduchesse d’Autriche était belle, bien portante, élevée admirablement; la sœur d’Alexandre, plus jeune, appartenait malheureusement à une religion qui n’était pas celle de la France et sa présence sur le trône créerait des difficultés religieuses. Il faudrait notamment installer une chapelle grecque aux Tuileries. M. de Champagny, ancien ambassadeur à Vienne, conclut, au point de vue des avantages politiques, à l’union avec la princesse autrichienne.

Napoléon, après ce rapport, recueillit les avis, en commençant par les personnes les moins susceptibles de donner un conseil judicieux. Lebrun se prononça pour le mariage saxon. Le prince Eugène et Talleyrand se déclarèrent partisans de la maison d’Autriche. Garnier approuva Lebrun, disant que l’alliance saxonne ne compromettait aucun intérêt et remplissait le but principal de l’Empereur: la naissance d’un héritier. M. de Fontanes s’éleva contre la présence à Paris d’une impératrice non catholique. Maret approuva le choix de l’archiduchesse. Berthier parla comme lui. Mais Murat protesta contre un mariage qui réveillerait les fâcheux souvenirs de Marie-Antoinette. On verrait dans cette union un retour à l’ancien régime. L’archichancelier Cambacérès, consulté le dernier, opina pour l’alliance russe. Il estima l’antagonisme séculaire de l’Autriche un danger permanent pour le trône, qu’un mariage ne ferait pas cesser. La Russie, éloignée de la France, n’avait pas de raisons de devenir son ennemie; et la guerre avec elle serait plus dangereuse, plus incertaine qu’avec l’Autriche. Il conclut donc à l’alliance russe.