L’Empereur congédia le conseil, après l’avoir remercié, et ajourna sa résolution.

Des pourparlers se continuaient avec la Russie, en vue d’obtenir le consentement de l’Impératrice-mère. M. de Caulaincourt, envoyé auprès de l’empereur Alexandre, pour cette négociation, avait fixé un délai. La cour de Russie, désireuse de traîner les choses en longueur, ne se pressait pas de répondre.

On opposait l’état de santé de la grande-duchesse. On exigeait aussi une chapelle grecque avec des prêtres orthodoxes aux Tuileries.

Toutes ces lenteurs irritèrent Napoléon. Son tempérament brusque le poussa à rompre.

Il sentait, sous ces retards, une défiance à son égard, une répugnance à lui donner pour épouse une fille des czars. La question de la chapelle grecque le froissait. Il était blessé, en outre, de la condition qu’on lui imposait de ne jamais rétablir le royaume de Pologne.

Sa résolution fut bientôt prise de renoncer à l’alliance russe.

Mais il fallait d’abord rompre avec Joséphine.

Il l’aimait toujours, et ce n’était pas sans de violents combats ni sans une vraie résistance intérieure qu’il se préparait à trancher ce lien puissant de l’affection et de l’habitude.

Joséphine avait sur lui une influence considérable. Il la voyait toujours, malgré l’âge et les rides, belle et séduisante. Elle était restée pour lui la maîtresse, désirable et convoitée, en devenant l’épouse.

A son retour de Schœnbrunn, auprès de Vienne, où il avait vécu dans une intimité cachée avec la comtesse Walewska, qu’il laissait enceinte, il avait décidé de précipiter les choses et d’avertir Joséphine. Il savait, par deux preuves successives, que lui fournissaient Eléonore de la Plaigne et la belle Polonaise, que la nature lui permettait d’avoir un héritier: il proposa donc de faire connaître la rupture à bref délai avec Joséphine; aussitôt après il choisirait entre la fille du roi de Saxe et la fille de l’empereur d’Autriche. Déjà, il renonçait nettement à la sœur d’Alexandre.