Après le conseil privé, où il avait recueilli les avis divers qui lui étaient donnés, avant de publier sa décision, il voulut conférer une dernière fois avec Cambacérès.

Il le convoqua donc à Fontainebleau.

Au petit jour, dans un cabinet qu’éclairaient à peine des bougies achevant de se consumer et luttant contre la clarté de l’aurore, Napoléon et son confident l’archichancelier s’abordèrent.

Après quelques paroles échangées au sujet de sa santé, l’Empereur dit à Cambacérès:

—Eh bien! qu’ai-je appris? à Paris l’on a craint ces jours-ci... l’on a colporté de fâcheuses nouvelles... la bataille d’Essling a paru douteuse... la confiance se retire-t-elle donc de moi?

—Non, sire! vous êtes toujours admiré, suivi, aimé... si l’on craint, c’est parce qu’il s’est produit dans ces derniers mois des sujets d’alarme... on a parlé d’une tentative d’assassinat dont vous auriez été l’objet à Schœnbrunn...

Napoléon répondit aussitôt:

—On a eu tort de s’inquiéter de si peu... il y a un fond de vrai. Je me trouvais à Schœnbrunn... Il y avait beaucoup de monde... On voulait admirer nos belles troupes victorieuses... Un jeune homme en longue redingote, que j’avais remarqué, car il avait cherché à plusieurs reprises à s’approcher de moi, parvint tout à coup à me joindre... Il agitait un papier à la main, une pétition vraisemblablement... Rapp crut observer quelque chose de louche dans son attitude... Il le fit arrêter... On le fouilla. On trouva sur lui un long couteau tout ouvert...

—Ce couteau vous était destiné, sire?

—Oui... le jeune homme a avoué... Je l’ai interrogé moi-même, et je l’ai fait examiner par Corvisart, le supposant fou... Il s’appelait Staaps et était le fils d’un ministre protestant d’Erfurt... Ce petit misérable s’exprimait avec calme... Il m’a répondu qu’il avait agi seul... sans complices... Je le crois affilié à la secte des Philadelphes, dont les membres ont juré de me tuer ou de se faire tuer... Bah! ce sont là les périls professionnels du métier de souverain... on a le grand tort à Paris de se préoccuper pour ces enfantillages!...