—C’est que votre vie est si précieuse, sire!...

—Oui, reprit Napoléon, après un instant de réflexion, il faut que je vive... Si je venais à disparaître, frappé par un boulet aveugle, atteint par un poignard stupide, qu’adviendrait-il de mon œuvre, de ma France?... Tout s’écroulerait avec moi... J’ai bâti sur le sable, Cambacérès, et il est temps, si nous sommes sages, de donner à l’empire des fondations plus solides...

L’archichancelier fit une grimace:

—Votre Majesté veut un héritier... Je n’ai pas la prétention de la faire revenir sur ce désir... Seulement, je me permettrai de faire observer, sans parler de la mauvaise impression que produira dans le peuple la répudiation de l’Impératrice, que le clergé va intervenir et agiter l’opinion.

—Je ferai rentrer le clergé dans l’obéissance, comme j’ai tenu en respect le pape! dit avec hauteur Napoléon.

—En tous cas, sire, prenez garde aux froissements religieux... si vous épousez une princesse catholique, on exigera la rupture du mariage clandestin célébré la veille du sacre...

Napoléon eut un mouvement de mauvaise humeur:

—Ce mariage est nul, dit-il, les formalités n’ont pas été remplies...

—Vous avez pourtant été unis religieusement au moment du sacre... le pape Pie VII ne voulait pas consentir au couronnement sans cette cérémonie...

—C’est vrai!... Fesch nous a mariés secrètement dans un appartement des Tuileries... mais sans témoins... c’était une formalité de complaisance, destinée à lever les scrupules du pape...