—Tout à l’heure... il y a une revue de la garde impériale... tu viendras avec moi, la maréchale de son côté parlera à l’Impératrice...

—Oui, je vais aller trouver Joséphine sur-le-champ... Mon petit Henriot, tu partiras, je te le promets!

Un roulement de tambour éclata sous les fenêtres.

—Dépêchons-nous, dit Lefebvre, l’Empereur monte à cheval... la revue va commencer.

Et il entraîna le jeune Henriot, tandis que Catherine, sonnant, criant, bousculant Lise et deux autres femmes accourues à ses appels bruyants, achevait de s’habiller pour se rendre chez l’Impératrice.

On était en septembre 1806.

L’empire français couvrait les deux tiers de l’Europe. Napoléon, sur un trône fait de trophées et de drapeaux, dominait peuples et rois.

En ouvrant les travaux du Corps législatif, il avait dit sans exagération:

«La maison de Naples a cessé de régner. Elle a perdu sa couronne sans retour. La presqu’île d’Italie est réunie au grand empire. J’ai garanti, comme chef suprême, les souverains et les Constitutions qui en gouvernent les différentes parties. Il m’est doux de déclarer ici que mon peuple a fait son devoir. Du fond de la Moravie, je n’ai pas cessé un seul instant d’éprouver les témoignages de son amour et de son enthousiasme français; cet amour fait ma gloire, bien plus encore que l’étendue de ses forces et de ses richesses!»

A ce faîte de gloire et de puissance, le vertige parut s’emparer de Napoléon. Il commit la faute, la folie, de donner des royaumes à ses frères, au lieu de se faire des alliés, des lieutenants, de tous ces petits souverains dépossédés auxquels il eût confié la régence, la vice-royauté de leurs propres états.