Napoléon, qui fut victime de son affection pour sa tribu, combla donc ces personnages des deux sexes, qui furent des ingrats dans le malheur, après avoir été des obstacles dans la prospérité.

Joseph Bonaparte fut roi de Naples et des Deux-Siciles. Louis, roi de Hollande. Elisa, la demoiselle de Saint-Cyr des premiers épisodes de ce récit, reçut les principautés de Lucques et de Piombino. Caroline, madame Murat, devint grande-duchesse de Berg. Pauline, veuve du général Leclerc et remariée au prince Borghèse, fut duchesse de Guastalla.

Toutes les sœurs de l’Empereur se jalousaient, se plaignaient. Aucune ne se trouvait satisfaite du lot que lui assignait le frère tout-puissant. Il semblerait, disait Napoléon, moitié riant, moitié mécontent, à entendre leurs doléances, que je les frustre d’une part de l’héritage du feu roi notre père!...

La campagne de 1806 qui allait s’ouvrir devait encore accroître les rivalités et les convoitises de la famille impériale.

La guerre éclata soudainement. La victoire d’Austerlitz aurait dû décider la Prusse à continuer à garder la neutralité. Si elle désirait attaquer le colosse occidental, c’était au moment où elle aurait eu pour alliées l’Autriche, la Russie, l’Angleterre, la Suisse, les Deux-Siciles, qu’elle devait courir aux armes. Il y eut de la folie dans sa provocation.

Sa témérité fut l’œuvre du plus funeste chauvinisme et de l’illusion la plus dangereuse.

Ses publicistes, ses philosophes, ses maîtres d’école, Fichte en tête, allaient partout prêchant la guerre, criant sus à la France!

Avec une infatuation dont nous avons depuis, par un cruel retour des choses, donné l’exemple, ses militaires se déclaraient prêts, équipés, invincibles. Le peuple, grisé par les orateurs, entraîné par les étudiants, les chansonniers, ne parlait que de Frédéric-le-Grand, et l’on se vantait, dans toutes les brasseries, de recommencer Rosbach sous les murs de Paris.

Les Prussiens oubliaient qu’ils avaient un pays de plaines, où Napoléon, dont la tactique ordinaire était l’offensive, pourrait facilement pénétrer. En outre, l’armée française se trouvait à moitié route, et avec rapidité devait tomber sur les corps prussiens imparfaitement organisés.

Mais la Prusse était emballée. On avait persuadé à ce peuple qu’il s’agissait d’une guerre nationale. Des brochures patriotiques étaient distribuées à profusion. On trompait, on séduisait, on affolait cette nation, qui, d’ailleurs, devait montrer dans la lutte une grande énergie et une incroyable force de résistance. Disons-le, à la gloire de nos ennemis: dans cette campagne de 1806, Napoléon trouva, pour la première fois, en face de lui, non plus des troupes stipendiées, obéissant plus ou moins à la discipline, mais une nation frémissante, levée en masse et décidée à disputer son sol à l’étranger. Vaincue en 1806, comme la France envahie à son tour le fut en 1814, la Prusse perdit les batailles et conserva l’honneur.