Quand la maréchale Lefebvre descendit au salon de l’Impératrice, elle vit toute la cour en émoi.

La nouvelle de la déclaration de guerre était connue. Chacun se demandait avec anxiété ce que l’empereur allait décider pour le départ.

On entourait l’Impératrice, on cherchait à apprendre d’elle les intentions de Napoléon.

—Mais je ne sais rien, répondait-elle, en s’efforçant de dissimuler sous un sourire son anxiété... Sa Majesté m’a prévenue seulement que j’aie à faire mes préparatifs... je l’accompagne jusqu’à Mayence...

—Lefebvre me l’a dit, fit la maréchale, moi aussi je vais avec lui... ça me fera un rude plaisir de me retrouver avec des soldats... Ah! Majesté, on s’encroûtonne, on se rouille dans les palais!... Vous verrez comme on dort bien sur un lit de camp!... et c’est pour demain... pour ce soir?...

—Qui peut le dire? fit l’Impératrice, en hochant la tête. Vous savez bien comment agit l’Empereur... Il dispose tout rapidement, secrètement, d’avance, comme s’il devait partir chaque jour... Personne ne doit être en défaut... Tout le monde est à son poste... Ce qui fait qu’il peut, quand il lui plaît, déclarer la guerre et se mettre en route. Il m’a avertie de me préparer, je suis prête... Quand Sa Majesté donnera le signal, je descendrai et je sauterai à ses côtés en voiture, voilà tout!...

—Oh! nous sommes habitués à ces coups de tambour, dit la maréchale, et ce n’est pas pour si peu qu’on se démontera... Je voulais savoir seulement si Votre Majesté avait vu l’Empereur ce matin et si son humeur était bonne...

—Vous avez quelque chose à lui demander... une faveur?

—Oui, madame, j’ai mon filleul, le jeune Henriot, un gentil gars, allez, qui va sur ses vingt et un ans, déjà sous-lieutenant, et qui voudrait être autorisé à partir avec Lefebvre.

—Si cela peut vous faire plaisir, ma chère maréchale, dites à votre protégé que je le prends dans mon service d’honneur...