La scène fut courte et déchirante:
C’était après le dîner, le 30 novembre 1809. Le café servi, Napoléon prit lui-même sa tasse que tenait le page de service, en faisant signe qu’il voulait être seul.
Les deux époux restèrent, pour la dernière fois, en tête-à-tête.
Napoléon fit connaître sa résolution en termes brefs. Il cherchait à ne point paraître ému. Il expliqua brièvement que l’intérêt de l’Etat exigeait qu’il eût un héritier et que par conséquent il lui fallait annuler son mariage afin d’en contracter un second...
Comme Joséphine balbutiait quelques paroles, rappelant combien elle avait aimé son Bonaparte, et combien encore, lui l’avait payée de retour... comme elle cherchait à ranimer sa tendresse en évoquant les minutes d’abandon, les heures si douces d’intimité, Napoléon l’interrompit avec brusquerie, voulant résister à l’émotion qui s’emparait de lui. Il se sentait faillir. Il se défendit par une phrase brutale, impitoyable:
—N’essaie pas de m’attendrir... ne compte pas me faire changer de résolution... je t’aime toujours, Joséphine, mais la politique veut que je me sépare de toi... la politique n’a pas de cœur... elle n’a que de la tête!...
Joséphine alors poussa un grand cri et s’évanouit.
L’huissier de la chambre, debout derrière la porte, pensant qu’elle se trouvait mal, voulait intervenir... il hésitait à troubler l’intimité des deux époux, et à se rendre témoin d’une scène cruelle.
L’Empereur ouvrit lui-même en appelant le chambellan de service, M. de Bausset:
—Entrez et fermez la porte, lui dit-il.