Le décret fut signé le 15 décembre. Une assemblée solennelle eut lieu aux Tuileries, à neuf heures du soir.

Dans le grand cabinet de l’Empereur, en des fauteuils prirent place: Madame Mère, les reines d’Espagne, de Naples, de Hollande, de Westphalie, la princesse Pauline,—toutes les sœurs de Napoléon triomphant et dissimulant mal leur joie à Hortense, la triste reine de Hollande; les rois de Hollande, de Westphalie, de Naples et Eugène, vice-roi d’Italie, s’assirent en face. Cambacérès, assisté de Murat et de Regnauld de Saint-Jean-d’Angély, occupaient des chaises devant la table où se trouvait préparé l’acte de divorce.

Alors Napoléon, prenant par la main Joséphine, lut, debout, avec des larmes sincères dans les yeux, un discours préparé par Cambacérès, où il annonçait la résolution prise, d’accord, par lui et sa très chère épouse. Il énonçait, comme seul motif de son divorce, l’espérance perdue d’avoir des enfants de Joséphine.

—«Parvenu à l’âge de quarante ans, disait-il, je puis concevoir l’espoir de vivre assez pour élever dans mon esprit et dans ma pensée les enfants qu’il plaira à la Providence de me donner. Dieu sait combien une pareille résolution a coûté à mon cœur, mais il n’est aucun sacrifice qui soit au-dessus de mon courage, lorsqu’il m’est démontré qu’il est utile au bien de la France.

»J’ai le besoin d’ajouter que loin d’avoir jamais eu à me plaindre, je n’ai au contraire qu’à me louer de l’attachement et de la tendresse de ma bien-aimée épouse. Elle a embelli quinze ans de ma vie; le souvenir en restera toujours gravé dans mon cœur. Elle a été couronnée de ma main; je veux qu’elle conserve le rang et le titre d’impératrice, mais surtout qu’elle ne doute jamais de mes sentiments et qu’elle me tienne toujours pour son meilleur et son plus cher ami.»

Joséphine devait à son tour lire une réponse à cette déclaration, mais elle ne put y parvenir. Les larmes l’étouffaient. Elle passa le papier à Regnauld de Saint-Jean-d’Angély qui lut à sa place.

Elle déclarait accepter avec résignation le divorce, ne pouvant donner à l’empire un héritier. «Mais, disait le texte, la dissolution de mon mariage ne changera rien aux sentiments de mon cœur: l’Empereur aura toujours en moi sa meilleure amie. Je sais combien cet acte, commandé par la politique et par de si grands intérêts, a froissé son cœur, mais l’un et l’autre nous sommes glorieux du sacrifice que nous faisons au bien de la patrie.»

Aux phrases de Cambacérès ou de Maret, Joséphine n’avait ajouté qu’une ligne, touchante dans sa simplicité même:

«Je me plais à donner à l’Empereur la plus grande preuve d’attachement et de dévouement qui ait jamais été donnée sur la terre!»

Cette attitude de Joséphine, à l’époque douloureuse du divorce, lui fait pardonner bien des torts, et pour elle, victime de la politique et de l’ambition dynastique de Napoléon, la postérité sera toujours indulgente.