Le lendemain, 16 décembre, un sénatus-consulte consacra le divorce.

Il était conçu en termes sobres, précis. L’article 1er portait que le mariage entre l’Empereur Napoléon et l’Impératrice Joséphine était dissous. L’article 2 conservait à l’Impératrice Joséphine le titre et rang d’impératrice couronnée. L’article 3 fixait son douaire: une rente annuelle de deux millions de francs sur le Trésor de l’Etat lui était allouée. Les successeurs de l’Empereur devaient être tenus d’exécuter les conditions du divorce. En outre, le douaire de Navarre, érigé en duché, était attribué à Joséphine, sa vie durant.

On a prétendu que des moyens juridiques s’opposaient à la déclaration de divorce et militaient en faveur de la validité du mariage civil célébré le 9 mars 1796, devant l’officier municipal du deuxième arrondissement de Paris. D’abord Joséphine s’était rajeunie de quatre ans dans cet acte public, tandis que Bonaparte se vieillissait d’un an. Si Joséphine eût donné la date exacte de sa naissance, elle aurait eu légalement en 1809 quarante-six ans, son âge exact, et le divorce n’était permis qu’aux personnes âgées de moins de quarante-cinq ans. On a dit aussi qu’on aurait pu arguer de l’article 7 du statut impérial portant que «le divorce était interdit aux membres de la famille impériale de tout sexe et de tout âge.»

Mais ces textes, ces liens judiciaires, ces entraves légales, pouvaient-ils résister à la volonté du tout-puissant empereur?

Napoléon a voulu le divorce et Joséphine lui a obéi. Il y a eu abnégation et sacrifice de la part de l’Impératrice à consentir à ce douloureux déchirement. Du côté de l’Empereur, il y a eu abnégation et sacrifice aussi, car il aimait toujours Joséphine, d’une affection moins sensuelle, moins passionnée sans doute qu’aux années de sa jeunesse, mais d’une tendresse réelle, sérieuse, profonde. Les larmes qu’il versa au moment de la rupture solennelle de leur amour furent aussi sincères, aussi cuisantes que celles qui coulèrent des yeux alanguis de Joséphine.

Un cérémonial avait été réglé pour l’exécution du divorce prononcé.

Le 16 décembre, jour du sénatus-consulte déclarant l’union dissoute, était un samedi.

A quatre heures du soir, une voiture vint prendre Joséphine aux Tuileries pour la conduire à la Malmaison.

Le temps était affreux. Le ciel semblait s’être mis en deuil pour cette cérémonie, rappelant un service funèbre.

La route de Rueil, défoncée, détrempée, brumeuse et triste, aviva la douleur de l’ex-Impératrice.