Elle l’avait tant de fois parcourue joyeuse, dans l’éclat du pouvoir, au milieu du rayonnement de la souveraineté!...

Son fils, le prince Eugène, qui avait d’ailleurs fait partie du conseil privé, consulté par Napoléon, l’accompagnait.

L’Empereur, de son côté, avait quitté les Tuileries et était allé coucher à Trianon.

Il vint lui rendre visite deux jours après à la Malmaison.

—Je te trouve plus faible que tu ne devrais être, dit Napoléon avec bonté. Tu as montré du courage, il faut que tu en trouves encore plus pour te soutenir. Il ne faut pas te laisser abattre par un funeste découragement. Soigne ta santé qui m’est si précieuse. Dors bien. Songe que je veux que tu sois calme, heureuse!...

Il l’embrassa tendrement et repartit pour Trianon.

Quelques jours se passèrent, puis une entrevue suprême, un dîner de funérailles, eut lieu à Trianon, le jour de Noël.

Que se dirent les deux époux séparés désormais par un acte public, d’une écrasante solennité?

Il est à présumer que Joséphine pleura et que Napoléon ne fut guère plus joyeux. La fatalité des choses s’interposait entre eux. Ils étaient les jouets de la politique, les esclaves de la fortune, et ne pouvaient se reprendre.

On ne s’éloigne pas ainsi, sans une douleur poignante, d’une femme qui a été votre compagne de jeunesse, auprès de laquelle vous avez dormi vos belles heures de la trentième année. Malgré les fautes de Joséphine, malgré les infidélités passagères de Napoléon, le ménage impérial avait été heureux. L’Empereur n’a jamais, par la suite, manifesté aucun regret de sa fatale résolution. L’orgueil, chez lui, faisait taire le cœur. Mais, dans les affres déchirantes de Sainte-Hélène, quand la maladie le rongeait et qu’il endurait le martyre de l’humiliation quotidienne sous les griffes du félin britannique qui jouait cruellement avec sa victime capturée, la vision des années heureuses passées avec Joséphine dut traverser sa pensée, et le dernier repas pris à Trianon vint sans doute le flageller comme un remords.