Mais il était poussé par une force mystérieuse, irrésistible. Comme un homme précipité sur une pente, et qui déboule la tête en avant, il ne pouvait plus désormais s’arrêter qu’au plus bas, en se brisant.
Joséphine enterrée à la Malmaison, l’on poussa fort les préparatifs de la seconde union de l’Empereur.
Talleyrand et Fouché, les deux traîtres inséparables, auxquels s’adjoignit un diplomate perfide, M. de Metternich, celui dont Cambacérès disait: «Il est tout près d’être un homme d’Etat, il ment très bien», se hâtèrent de fournir aux Tuileries, vides et tristes, une jeune impératrice.
M. de Metternich fit savoir à l’Empereur, par l’intermédiaire du duc de Bassano, que s’il s’adressait à la cour d’Autriche, il n’éprouverait aucun refus, et que les pourparlers ne traîneraient pas en longueur, comme avec la Russie.
L’Autriche, en effet, n’avait pas les mêmes raisons que la Russie de prolonger l’attente de Napoléon, afin d’aviver son désir et de lui arracher l’engagement, ratifié par des faits immédiats, que jamais le royaume de Pologne ne serait rétabli.
L’empereur d’Autriche redoutait un démembrement de son empire. En donnant sa fille à Napoléon, il détournait la guerre de ses Etats, au moins pour un temps, et le temps c’était là, comme toujours, le salut.
Des rêves ambitieux pouvaient aussi hanter la cervelle de François II. Deux monarchies devaient, selon le projet grandiose de Napoléon, gouverner le monde et maintenir son équilibre. La Russie partagerait cette souveraineté universelle avec la France; pourquoi l’Autriche ne serait-elle pas substituée à la Russie? François II se décida à offrir, à jeter sa fille dans les bras de Napoléon.
Il fit venir le comte de Narbonne et s’ouvrit à lui. Une archiduchesse d’Autriche, de nouveau remise à la France, dit-il avec une hypocrite tendresse, effacerait les tristes souvenirs de Marie-Antoinette, et pousserait certainement Napoléon à s’arrêter à la paix, à jouir enfin de sa gloire, au lieu de la hasarder sans cesse, et à travailler au bonheur des peuples de concert avec le vertueux monarque dont il deviendrait le fils d’adoption.
Au commencement de février 1810, Napoléon, mis au courant des intentions de l’empereur d’Autriche, rompait avec le czar, et envoyait une lettre autographe à François II.
C’était la demande officielle. Berthier, prince de Neufchâtel était chargé de solliciter la main de la princesse Marie-Louise de la cour de Vienne. Il devait déployer, dans cette ambassade extraordinaire, un faste exceptionnel.