Et dans ses courses fiévreuses par les galeries du palais, il s’arrête parfois, pensif, devant les portraits de Louis XVI et de la reine Marie-Antoinette qu’il faisait accrocher dans le salon de la future impératrice, et on pourrait l’entendre alors murmurer, un sourire d’orgueil satisfait sur les lèvres:

—Le roi, mon oncle!... ma tante, la reine!...

Marie-Louise était en effet la nièce directe de Marie-Antoinette.

Dans un de ces moments-là, d’extase et de jouissance intérieure, Napoléon aperçut Lefebvre.

—Venez donc, monsieur le duc de Dantzig, lui dit-il de fort bonne humeur, j’ai à vous parler...

Lefebvre grogna entre ses dents:

—Hum! il va encore me corner aux oreilles les louanges de son Autrichienne... c’est une perfection... une huitième merveille... jamais on n’a vu une si belle princesse! qu’il prenne Maret ou Savary pour ces confidences-là... moi, ça ne m’intéresse guère!

Le maréchal Lefebvre regrettait Joséphine. Il avait vu avec peine l’Empereur ramener sur le trône de France une de ces princesses d’Autriche dont l’alliance avait toujours été funeste au pays qui les accueillait.

Et puis le divorce ne lui allait pas. Il le considérait comme une désertion. On avait commencé à deux le combat de la vie, on ne devait pas se quitter au milieu de la bataille.

Cependant, l’Empereur l’ayant appelé, il ne pouvait se dispenser de le rejoindre dans le grand salon des Tuileries dont une escouade de tapissiers était occupée à tendre les murailles en étoffe bouton d’or semée d’abeilles et à disposer les vastes rideaux à ramages.