—Hein! maréchal, c’est beau, c’est frais? dit Napoléon de l’air satisfait d’un négociant retiré, faisant avec un ami le tour du propriétaire, fier de son installation.
—Oui... c’est tout-à-fait cossu, dit Lefebvre, et ça doit vous coûter gros!
Napoléon, qui pourtant aimait à compter et, sans être aucunement avare, évitait les gaspillages et ne permettait guère les folies,—c’était le seul sujet de ses querelles avec Joséphine, les dépenses exagérées et les mémoires des fournisseurs trop enflés—répondit alors avec conviction au maréchal:
—Il n’y a rien de trop beau, il n’y a rien de trop cher pour celle qui va être l’Impératrice!...
Lefebvre s’inclina et continua à admirer l’ameublement, les rideaux en soie brochée, les fauteuils dorés et les canapés aux superbes ciselures.
Dans un coin du salon se dressait une harpe élégante, aux bois dorés, avec une ribambelle d’amours dansants peints sur le socle et s’enlevant, roses, sur un fond d’un vert tendre charmant.
—L’archiduchesse est très bonne musicienne! dit l’Empereur en touchant légèrement du doigt les cordes de l’instrument qui rendirent un son plaintif et aigrelet.
—Venez, que je vous montre le trousseau de l’Impératrice, reprit-il avec une joie impatiente et naïve, entraînant le maréchal dans la chambre à coucher préparée pour Marie-Louise.
Et, bien que le duc de Dantzig fût plus compétent pour passer l’inspection d’un sac de grenadier et une revue de campement que pour apprécier les fines richesses étalées sur le lit, sur les guéridons, sur les canapés et les vis-à-vis de la chambre impériale, il dut avec attention suivre l’énumération complaisante que faisait l’Empereur.
Il admira successivement les dentelles, les chemises garnies de valenciennes, les mouchoirs, les camisoles, les jupons, les bonnets de nuit, toute la lingerie fournie par la fameuse mademoiselle Lolive et par madame Beuvry. Il y en avait pour près de cent mille francs.