—A propos de ta femme, j’ai à te parler... confidentiellement... tu dîneras avec moi... Allons! à table!

Et il poussa vers la salle à manger Lefebvre, un peu surpris, et se demandant, non sans inquiétude:

—Que me veut-il dire au sujet de ma femme? aurait-elle encore eu une chamaillerie avec les sœurs de l’Empereur?

[VI]
LEFEBVRE BAT NAPOLÉON

Le dîner de l’Empereur était préparé et le couvert mis dans une petite salle à manger que le vainqueur d’Iéna préférait aux salles d’apparat.

Depuis le départ de Joséphine, il ne prenait ses repas qu’avec un seul convive, toujours invité au dernier moment, Duroc, Rapp, le chambellan de service ou un ministre appelé pour donner des indications de service.

Napoléon ne connut jamais les plaisirs de la table. Il mangeait très vite et dépêchait son repas comme une corvée. Il restait à peine un quart d’heure à manger, même lorsqu’il avait grand dîner.

Il se levait de son siège brusquement, au milieu du dîner, faisant signe de la main qu’on ne le suivît pas et qu’on achevât le repas toujours très bien servi, car, quoique très mauvais gourmet, il surveillait son maître-queux et tenait à ce que sa table fût bien soignée. Ses maréchaux étaient tous pourvus d’appétits robustes, et l’archichancelier Cambacérès faisait l’admiration de Napoléon pour la façon dont il engloutissait, entre deux compliments, d’énormes morceaux de viande arrosés de deux carafes de chambertin, son vin favori. Napoléon, qui ne buvait pas, avait toujours l’attention de faire placer deux carafes de ce roi de la Bourgogne de chaque côté de l’archichancelier.

Se levant un jour de table précipitamment, selon son habitude, l’Empereur dit au prince Eugène, son convive:

—Mais tu n’as pas eu le temps de manger, Eugène?