—Rassurez-vous, mes braves... Marie-Louise est très bonne... votre nouvelle Impératrice ne pourra qu’aimer et honorer des héros comme toi, Lefebvre, comme Ney, comme Oudinot, comme Soult, comme Mortier, Bessières ou Suchet... Vos cicatrices sont les plus belles armoiries, et votre noblesse a pour blason, non les chimères et les griffons fantastiques des écus d’autrefois, mais les villes prises, les citadelles emportées, les ponts franchis sous la mitraille, les drapeaux, les trônes même, devenus votre proie... Cette science héraldique moderne, Marie-Louise l’apprendra et saura la respecter...
—Il n’y a pas que nous!... murmura Lefebvre, il y a nos femmes...
Napoléon fit un geste impatient.
—Eh! oui... je le vois bien!... vos sacrées femmes n’ont pas gagné de batailles, elles...
—Sire, elles ont partagé notre existence... elles ont stimulé nos courages, enflammé nos énergies... elles nous aiment, elles nous admirent... et ce sont de bonnes épouses qui méritent le sort que Votre Majesté et la victoire leur firent! dit avec énergie Lefebvre.
—Oui... oui, je sais, murmura l’Empereur, mais quelques-unes de ces excellentes femmes, aux vertus desquelles je rends hommage, font cependant de bien extraordinaires grandes dames, d’invraisemblables duchesses... Ah! pourquoi donc, sacrebleu, avez-vous eu tous la rage de vous marier quand vous étiez sergents!...
—Sire, ce fut peut-être un tort... mais je ne m’en suis jamais repenti...
—Tu es un bon et loyal cœur, Lefebvre, je t’approuve dans tes paroles comme dans tes actes... mais avoue que, à l’heure actuelle, où te voilà maréchal d’Empire, grand-officier de ma couronne, duc de Dantzig, ta femme, ta très bonne femme, se trouve un peu déplacée... elle prête à rire par ses allures encore faubouriennes... son langage est resté celui d’une femme élevée au lavoir.
—La duchesse de Dantzig... ou plutôt madame Lefebvre, sire, m’aime... je l’aime aussi... et rien dans ses manières ne me fera oublier les longues années de bonheur que nous avons passées, quand, entre deux campagnes, il nous était donné d’être réunis.
—Il est fâcheux que tu te sois marié sous la Révolution, Lefebvre!...