C’était le tatouage qu’il avait fait pratiquer, au moment de son mariage. Son cadeau de noces, avait-il dit plaisamment.

—Hein!... ça reste, ce serment-là! fit Catherine triomphante. Est-ce que tu pourrais épouser une archiduchesse, avec un bras pareil?... Qu’est-ce qu’elle dirait en voyant cela sur ta peau?... Elle te demanderait ce que c’est que cette Catherine à qui tu as promis d’être fidèle... elle te ferait des scènes... Oh! tu ne peux pas renier ta promesse, mon vieux François!...

—C’est juste!... Et l’autre bras ne lui plairait pas davantage! dit Lefebvre riant. Et, à son tour, retroussant la seconde manche, il regarda avec bonhomie l’autre tatouage, datant du 10 août, avec l’inscription toujours visible: «Mort au tyran!...»

—Va, nous sommes l’un à l’autre pour la vie! dit Catherine, penchant sa tête vers la poitrine de Lefebvre et s’y appuyant avec bonheur.

—Oui, pour la vie! murmura le maréchal.

—Ah! je voudrais que l’Empereur vînt et qu’il nous surprît ainsi!... dit Catherine pâmée.

Et les deux époux, plus fortement unis que jamais, rapprochés, confondant leurs âmes et mêlant leurs caresses, achevèrent de consommer la victoire que Lefebvre avait remportée sur Napoléon.

[VIII]
LE RÊVE D’UNE ARCHIDUCHESSE

Dans la chambre très simple qu’elle occupait au deuxième étage du palais impérial à Vienne, Marie-Louise, seule, rêvassant, jouait indolemment avec un petit chien, pomponné, enrubanné, que lui avait offert l’ambassadeur d’Angleterre,—un de ces petits chiens à poils frisottants et à gueule de renard, alors fort à la mode et nommés king’s charles, en souvenir du roi Charles II, qui les aimait et en avait donné cinq ou six à la duchesse de Portsmouth, sa maîtresse, pour égayer sa chambre à coucher.

On frappa à la porte très précipitamment, et l’unique duègne chargée de surveiller l’archiduchesse, moitié dame d’honneur, moitié femme de chambre, accourut, soufflant, geignant, effarée, la main portée au côté comme pour comprimer un battement cardiaque et intempestif.