—Qu’y a-t-il? demanda Marie-Louise surprise... est-ce que le feu est au palais?...
—Non... ce n’est pas le feu... c’est votre auguste père, c’est l’Empereur qui vient ici...
—Mon père!... dans ma chambre!... Oh! mon Dieu! que se passe-t-il donc?
—Je ne sais pas... Votre Altesse va l’apprendre sans doute...
Et la duègne, un peu remise de son émoi, avec une majestueuse révérence, s’effaça pour laisser pénétrer l’empereur d’Autriche.
François II ou François-Joseph Ier, d’abord empereur d’Allemagne, puis à la suite des victoires de Napoléon et de l’établissement de la Confédération du Rhin, empereur d’Autriche, était un monarque fort insignifiant. Il avait lutté avec opiniâtreté contre la Révolution française, puis contre Napoléon, pour la défense de ce qu’il considérait comme la base de l’ordre social: le maintien des privilèges de la noblesse et l’anéantissement de toute démocratie.
Féroce à ses heures, il avait envoyé dans les cachots du Spielberg tout ce qui, dans ses Etats, passait pour approuver, même théoriquement et philosophiquement les principes de la Révolution française. Perpétuellement battu, obligé de subir le traité de Campo-Formio après Marengo et de perdre la Vénétie après Austerlitz, il était le souverain d’Europe qui devait garder le plus de haine à Napoléon.
Il ne la montra que lorsque le vainqueur fut vaincu définitivement et gardé à vue par les soldats anglais. Pas une seule fois il ne s’occupa d’améliorer le sort du captif de Sainte-Hélène. Il manifesta seulement une indécente satisfaction à la nouvelle de sa mort.
En attendant le revirement dans ses sentiments, variables comme la fortune des armes, il multipliait, par l’entremise de Metternich et du prince de Schwartzenberg, les amicales protestations et les adulations les plus plates au victorieux empereur.
Il ne dissimulait pas sa joie, aux premiers pourparlers d’union, d’avoir pour gendre Napoléon. Comme souverain et comme père il exultait.