Il aimait sa fille Marie-Louise de la solide et calme affection familiale des races germaniques et pensait qu’elle serait heureuse avec Napoléon, placé sur un trône tout éblouissant de la gloire de cinquante batailles. L’Empereur des Français était alors le souverain le plus riche de l’Europe et il passait aussi pour le plus généreux. François II, avec satisfaction, avait pris note des cadeaux, des bijoux, des dentelles, des robes dont l’impérial fiancé faisait présent. En même temps il donnait à entendre à son représentant à Paris, le prince de Schwartzenberg, que la Cour était pauvre et que certains dons des musées nationaux et des fabriques si renommées du riche pays de France seraient acceptés avec une grande reconnaissance à Vienne.
Alors, sur un signe de l’Empereur, tout fier, lui aussi, de son nouveau parent, désireux de lui plaire, heureux de se montrer large et d’inspirer à sa fiancée une avantageuse opinion de sa somptuosité, Servan, Mollien, tous les administrateurs des musées, des palais, se mettaient en mouvement. On pillait les Gobelins, on dévalisait Sèvres, on réquisitionnait les chefs-d’œuvre d’Aubusson, les produits de Saint-Gobain. Des fourgons chargés de meubles, d’objets d’art, d’étoffes, partaient à la file à destination de Vienne. Le futur beau-père recevait et empilait avec un plaisir infini toutes ces preuves de la magnificence de Napoléon. Il devait, par la suite, lui refuser, à Sainte-Hélène, deux chevaux de supplément qu’il réclamait pour sa voiture, et trouver que sa table était trop copieusement servie.
Mais c’était surtout au point de vue politique que François II se montrait charmé d’avoir Napoléon pour gendre. Il voyait dans ce mariage son trône consolidé, les victoires subies détruites dans leur effet et l’alliance russe rompue.
Aussi ne négligea-t-il rien pour faire aboutir les préliminaires entamés à Paris entre le prince Schwartzenberg et les confidents de Napoléon.
Avec joie, il avait reçu la lettre autographe de l’Empereur lui annonçant l’arrivée de Berthier, prince de Neufchâtel, chargé de demander officiellement la main de Marie-Louise.
Son consentement était accordé d’avance. Il ne restait plus qu’une petite formalité à accomplir: prévenir la jeune archiduchesse qu’elle eût à se préparer à partir pour la France et à devenir Impératrice des Français.
C’était cette nouvelle que François II venait annoncer en personne à Marie-Louise.
La jeune princesse avait dix-huit ans; forte gaillarde sans grâce, sans rien de piquant, ni d’aimable, mais bien en chair, solidement charpentée, la peau rose et fraîche.
Elle était assez jolie, d’une beauté lourde de fille de brasserie, avec de gros bras, la taille carrée, de grands pieds, des seins déjà volumineux, des lèvres fortes et sensuelles; les yeux très bleus, très froids, sans expression: un joli animal, passif, lent, épais et peu délicat. Une vraie femme de lit.
Napoléon, s’enquérant de tous côtés, avait recueilli avec plaisir sur sa fiancée les renseignements physiques qui lui importaient le plus.