Cette massive princesse devait être une excellente poulinière.
Avec elle il était certain de donner à l’empire un héritier.
Sous le rapport moral, les indices et les notions qu’on lui envoyait étaient également satisfaisants.
Marie-Louise avait été élevée avec un soin minutieux et soumise à une règle étroite, très sévère, presque monastique. Son éducation avait été poussée assez loin.
On avait multiplié pour elle les maîtres de toute sorte. Elle savait presque toutes les langues de l’Europe: le français, l’anglais, l’allemand, l’italien, l’espagnol, le bohême, le turc même. Elle était destinée à être l’épouse d’un prince quelconque et il était bon qu’elle apprît, dès l’enfance, l’idiome de ses futurs sujets.
La musique n’avait pas été oubliée. La harpe achetée par Napoléon et que Lefebvre avait admirée aux Tuileries, prouvait que son futur mari n’ignorait pas ses talents de musicienne.
Quant à la religion, on lui en avait inculqué les pratiques extérieures, sans trop lui laisser approfondir les dogmes. Le hasard des accords politiques pouvait lui donner pour époux un prince catholique, orthodoxe, luthérien, calviniste.
Il ne fallait pas que la religion fût un obstacle à une alliance profitable aux intérêts de la cour d’Autriche.
Elle suivrait les rites du pays où les calculs diplomatiques des conseillers de son père la feraient régner.
Dans une grande simplicité elle avait été maintenue. Il n’y avait pas que le soldat qui ne fût pas riche, au service de l’Empereur François, comme le disait le dicton. Les revers successifs, les provinces perdues, les armées détruites et renouvelées, les contributions de guerre, avaient épuisé le trésor autrichien. On vivait à l’économie à la Cour de Vienne. Aucun faste. Nulles réceptions solennelles. De petites soirées intimes, presque bourgeoises. De la musique et de modestes rafraîchissements. Aucun meuble de prix dans les appartements, nul objet d’art dans les galeries vides, pas de bijoux. La jeunesse de Marie-Louise s’était écoulée un peu comme à l’auberge, dans le palais de ses pères. On passait son temps, autour d’elle, à faire les malles et à décamper devant Napoléon.