En même temps, il énuméra les magnifiques cadeaux dont l’empereur Napoléon avait garni sa corbeille.
Elle trouverait toutes ces richesses à Paris, où son futur époux l’attendait avec impatience.
Marie-Louise répondit alors, en fille docile et résignée, qu’elle regretterait certainement de quitter son excellent père, sa famille si affectueuse et cette cour de Vienne où elle avait vécu ses premières années, mais qu’elle acceptait, sans répugnance, de devenir l’épouse de l’Empereur des Français que son père avait choisi pour elle. Elle ajouta qu’elle était prête à se rendre en France dès que le prince de Neufchâtel serait arrivé pour l’emmener.
François II embrassa tendrement sa fille. Les choses marchaient pour lui à souhait. Pas de pleurs, pas d’émoi. Avec une passivité et une indifférence parfaites, sa fille se soumettait à son nouveau sort. Elle ne se montrait nullement surprise qu’on eût ainsi disposé d’elle dans un but politique qui ne lui était pas très intelligible. Elle obéissait à son père sans résistance. Mentalement, elle repassait l’énumération des bijoux, des dentelles, des robes qui l’attendaient à Paris. Elle aurait déjà voulu les avoir, les palper, s’en parer. Elle questionna deux ou trois fois son père sur la valeur, le nombre, l’importance des présents de sa corbeille de noces. Quant à celui qui en faisait les frais, elle ne songea guère à interroger François II sur lui. Il était empereur, très riche, très puissant, et il lui assurait un rang suprême parmi les autres princesses dont elle était jalouse; cela lui suffisait.
Avant de se retirer, François II dit à sa fille:
—Vous allez vous trouver seule, Louise, au milieu d’une cour étrangère, très loin de nous... entourée de valeureux soldats et de dames fort brillantes, mais où rien ne vous rappellera votre patrie... J’ai voulu que quelque chose de nous, de notre milieu, presque de notre famille, restât avec vous... Vous aurez à Paris un compagnon...
—Mon cher Zozo?... mon joli king’s-charles? dit Marie-Louise battant des mains, toute joyeuse d’emmener avec elle son inséparable ami.
—Non! dit François II souriant de la méprise de sa fille... il ne s’agit pas de Zozo... D’ailleurs, l’empereur Napoléon déteste les chiens... Zozo restera à Vienne... on aura soin de lui, rassurez-vous!
Marie-Louise, toute chagrinée, eut des pleurs mouillant ses yeux bleus et clairs.
Son sein se souleva. Un frémissement d’irritation lui fit battre du bout du pied le tapis.