Son chien Zozo était peut-être la seule chose qu’elle aimât au monde.

Froide, hautaine, réservée, elle n’avait eu aucun élan juvénile, aucune virginale curiosité, nulle vague attraction vers l’inconnu... L’amour, le désir n’existaient pas pour cette âme calme, vulgaire et fermée à toute aspiration généreuse... Et cependant, en ses veines coulait le sang impétueux des filles de Marie-Thérèse, amoureuses ardentes et inassouvies: Marie-Caroline, la reine de Naples aux débauches fameuses; Marie-Amélie, la duchesse de Parme aux amants innombrables; Marie-Antoinette de France, la reine du collier, l’amie équivoque de la Polignac, de la Lamballe.

Mais l’heure de l’éveil n’était pas encore sonnée, et, les sens assoupis, Marie-Louise attendait, frigide, l’aube du plaisir.

Elle avait eu cependant comme un frisson précurseur de ces voluptés sensuelles qui devaient gouverner sa vie et faire d’elle la funeste amoureuse à qui la France dut sa honte et Napoléon sa captivité.

Marie-Louise, en qui plus tard le sexe devait tenir lieu de cœur, d’esprit, de volonté, de raison, de loyauté, et qui devait, pour étancher son inextinguible soif d’amour, trahir son époux, abandonner son fils, renoncer au trône, oublier sa pudeur et prostituer son nom à jamais glorieux, n’ouvrait alors qu’une oreille distraite et qu’un cœur entre-bâillé aux propos d’amour murmurés sur ses pas.

Car, si gardée, si recluse fût-elle, au couvent de Luxembourg, aux jardins de Schœnbrunn ou dans le palais de Vienne, l’amour, respectueux mais entreprenant, avait tenté de s’approcher d’elle.

Un jour qu’elle faisait une promenade à pied, dans le parc de Schœnbrunn, elle aperçut au milieu d’un étang une jolie fleur bleue, poussée par aventure parmi les plantes aquatiques.

Elle manifesta le désir de l’avoir.

Imprudemment, elle se pencha, posant son pied sur l’herbe humide et glissante couvrant les bords de l’étang.

Elle perdit l’équilibre, et elle allait tomber dans l’eau vaseuse, tandis que sa gouvernante éplorée, poussant de grands cris, mettait en fuite les canards et faisait s’éloigner majestueusement, avec leurs ailes à demi déployées, comme des voiles, les cygnes blancs, hôtes de la pièce d’eau.