Tout à coup, un bras protecteur s’étendit...
Elle se trouva soutenue, ramenée sur le sol ferme, un peu étourdie, mais déjà remise de sa frayeur...
Un élégant personnage, inconnu d’elle d’ailleurs et aussi de la gouvernante, à peine revenue de son émoi, était à ses côtés, la saluant respectueusement.
Marie-Louise sourit de bonne grâce à ce sauveur venu si à propos, et lui tendit sa main en disant:
—Merci, monsieur! Sans vous, j’allais barboter comme ces pauvres canards qui ont eu, je pense, autant peur que moi...
L’inconnu, sans dire un mot, s’était penché et avait déposé un baiser discret sur la main qui lui était tendue.
—Et tout cela pour une fleur que je n’aurai même pas! reprit Marie-Louise, que l’attitude et l’apparence de son sauveur semblaient disposer favorablement.
Dans sa chute, en effet, son pied, en glissant, avait repoussé la touffe d’herbes au milieu desquelles s’épanouissait la fleur tentatrice, et le tout s’en était allé voguant à la dérive, dans le sillage des cygnes ramant vers leur cabane.
Elle n’avait pas achevé que l’inconnu, qui était en fort élégant habit, avec la perruque poudrée, les bas de soie et l’épée, sans hésiter, s’élançait dans l’étang, dans l’eau claire, profonde et très froide: on était à la fin de l’automne, presque en hiver.
Avec vigueur et non sans grâce, il nagea jusqu’à la touffe flottante, l’atteignit, cueillit la fleur désirée et revint au bord.