Marie-Louise, surprise et charmée, frappée peut-être d’un de ces secrets et décisifs pressentiments qui, en amour, devancent l’aveu de la passion et l’échange des tendresses, regarda avec une attention vive ce personnage qui, après l’avoir fort à propos empêchée de tomber à l’eau, n’avait pas hésité à prendre un bain glacé pour lui rapporter la fleur qui lui avait échappé.

Elle ne s’occupa nullement du désordre de la toilette de ce galant chevalier.

Il était pourtant plutôt comique avec ses vêtements englués de vase, sa perruque de travers où s’enchevêtraient des brins d’herbes aquatiques, et son chapeau qu’il secouait comme un arrosoir.

Une seule chose la frappa dans cet inconnu, au visage régulier, et qui n’était plus un jeune homme: ce fut l’air profondément pénétré avec lequel, par deux fois, furtivement, en regagnant le bord, il baisa la petite fleur qu’il avait été si ardemment cueillir.

L’archiduchesse, en prenant de ses mains tremblantes la fleur, l’approcha de ses narines pour la respirer...

Peut-être lui fit-elle toucher ses propres lèvres, comme pour recueillir le secret de l’inconnu.....

Celui-ci, après s’être incliné respectueusement devant la jeune princesse, allait s’éloigner, quand elle lui demanda:

—Pardon, monsieur, voulez-vous me dire votre nom?... L’Empereur, mon père, sera désireux de connaître un gentilhomme qui n’a pas hésité à se précipiter dans l’étang pour satisfaire un de mes caprices... dont je suis, à présent, vraiment confuse...

Le gentilhomme rougit de plaisir.

—Je me nomme le comte de Neipperg, dit-il très bas, consul général au service de S. M. l’Empereur... J’avais obtenu une audience de Sa Majesté pour ce matin même. Je prie Votre Altesse de bien vouloir m’excuser... je dois rentrer à mon logis et changer de costume pour me présenter chez l’Empereur...