—Allez, comte... je vous excuserai auprès de mon père; et, en lui faisant savoir que je suis la cause de votre retard, vous serez d’avance pardonné!
Et de nouveau elle avait souri à Neipperg qui emportait un inoubliable souvenir, une impression profonde comme une blessure, de cette entrevue inopinée au bord de l’étang.
Depuis, à son imagination très peu en éveil de vierge placide, la physionomie, le son de voix, les allures du comte de Neipperg, à plusieurs reprises, s’étaient présentés, mais sans relief, sans la troubler, sans lui suggérer aucune pensée, aucun désir qu’elle ne pût confesser à son père ou à sa gouvernante.
Le moment psychologique n’était pas venu. Le mot amour ne pouvait avoir aucun sens pour elle, en dehors du langage liturgique et de l’affection familiale.
Elle n’avait pas oublié Neipperg, elle songeait même parfois qu’elle le reverrait avec grand plaisir à la cour de son père, mais elle n’attachait aucune idée passionnelle à cette rencontre, qui d’ailleurs ne la préoccupait pas autrement.
L’annonce de son mariage avec l’Empereur des Français ne lui avait nullement suggéré la supposition que cet événement pût avoir un rapport quelconque avec le comte de Neipperg.
Aussi sa surprise fut-elle grande quand François II ajouta:
—Non, ma chère fille, il ne s’agit pas d’un compagnon comme Zozo... Je veux vous donner pour vous servir d’écuyer, d’officier d’honneur, toujours à vos côtés, vous rappelant par sa présence votre patrie, vous parlant de votre père, de vos parents, de tout ce que vous laisserez ici pour toujours, un gentilhomme digne en tous points de ce poste de confiance... Vous m’avez compris?... Vous traiterez avec bonté et douceur ce représentant de mon autorité, ce confident, ce défenseur au besoin, que je place auprès de vous...
—Je ferai, mon père, selon les désirs que vous me manifestez, répondit tranquillement la jeune archiduchesse, au fond s’intéressant peu à ce surveillant dont on lui imposait la compagnie, et regrettant fort son chien Zozo.
—Votre nouvel écuyer commencera son service dès demain, ma fille, car le prince de Neufchâtel est signalé et sa venue à Vienne est imminente...