—A vos ordres, mon père!

—Mais... vous ne m’avez même pas demandé le nom de ce gentilhomme, dit l’Empereur, un peu choqué de l’indifférence de sa fille.

—C’est vrai... comment se nomme-t-il?

—Le comte de Neipperg... c’est déjà un ancien serviteur... il a été accrédité auprès de Marie-Antoinette. Son âge et son caractère feront de lui un excellent cavalier servant et j’espère que vous serez satisfaite de mon choix...

—Oui, mon père, répondit Marie-Louise, étonnée, contente au fond de revoir le galant inconnu, auquel elle avait souvent songé, mais ne se doutant nullement de la place et de l’importance que ce chevalier servant, ce Mentor et ce surveillant à qui on la confiait, allait prendre dans sa vie et, hélas! aussi dans les malheurs de cette France dont le prince de Neufchâtel, en grand costume de gala, venait lui apporter la couronne.

[IX]
LES NOCES IMPÉRIALES

Le 11 mars 1810, Marie-Louise fut épousée par procuration, à Vienne. L’archiduc Charles, dans cette cérémonie représentative, figurait l’impérial époux.

Berthier, en grande pompe, quitta Vienne emmenant la nouvelle Impératrice.

A Brannen, frontière des Etats autrichiens, les dames du palais et les officiers allemands prirent congé. L’empereur d’Autriche s’était rendu incognito à cette limite où le service français devait remplacer auprès de la nouvelle Impératrice le service autrichien. Là il embrassa tendrement sa fille, qui demeura insensible, tandis que des larmes coulaient sur les joues du monarque bronzé par vingt défaites, endurci par une existence mouvementée et peu favorisée.

Marie-Louise n’avait pas eu la moindre émotion en quittant le palais où s’était écoulée son enfance. Elle demeura l’œil sec en se séparant de son père qui l’aimait et qu’elle n’aimait pas. Elle n’eut, au cours de ce voyage, de douleur vraie qu’en pensant à son petit chien laissé à Vienne. Berthier, à qui elle fit ses confidences à cet égard, se contenta de sourire en homme qui ménage une surprise.