La reine de Naples, sœur de Napoléon, était venue au-devant de Marie-Louise. Elle l’accompagna dans son voyage qui ne fut qu’une longue suite d’ovations, de bouquets offerts par les municipalités, d’arcs de triomphe traversés, de cantates, d’allocutions, de banquets et de défilés en musique.
Très fière de ces hommages tout nouveaux pour elle, Marie-Louise se montrait enchantée de son voyage. Elle ne semblait ni désirer l’accélérer pour se trouver avec son époux, ni regretter sa famille, son pays, qu’elle abandonnait sans que l’idée d’un retour parût possible.
Reluisante comme une châsse, raide et apathique comme une divinité hindoue qu’on promène parmi les génuflexions et qui passe entre une haie de nuques inclinées, intérieurement elle savourait son triomphe et ne trouvait pas un mot aimable à répondre aux compliments des autorités accourues, pas un sourire à distribuer aux populations pressées sur son passage.
De temps en temps, pourtant, elle se détournait légèrement pour adresser un regard aimable et provoquant à Neipperg, qui la suivait dans la voiture escortant son carrosse.
Napoléon cependant comptait les jours, les heures.
Il avait la fièvre, et son état nerveux confinait à la folie.
Jamais amour cérébral ne fut plus vif que celui qu’il ressentit pour cette jeune femme qu’on lui amenait processionnellement.
Il maudissait les programmes officiels, les protocoles, le cérémonial.
Il ne passait pas une minute sans songer à sa future épouse. Il aurait voulu abréger tout, les formalités et les jours. Il lui expédiait courrier sur courrier; des chambellans, des envoyés spéciaux partaient chaque jour pour aller au-devant de la nouvelle Impératrice lui présenter les vœux de celui qui l’attendait avec une angoisse non pareille. Pour briser ses nerfs, pour lasser son ardente passion, pour endormir la fougue de ses sens surexcités, il s’était mis à chasser, lui qui aimait peu les plaisirs cynégétiques. Il expédiait, avec une naïve joie, des bourriches énormes de gibier qu’il avait tué, à Marie-Louise, que ces cadeaux comestibles touchaient peu et qui aurait préféré des diamants.
Mécontent de Léger, le tailleur de Murat, il avait fait venir des assortiments complets de vêtements variés sans trouver rien qui lui parût assez seyant. Les cordonniers, les chapeliers ne quittaient pas Fontainebleau. Ils lui prenaient mesure des heures entières. Il renvoyait ses maréchaux, ses ministres, pour s’enfermer de longues demi-journées avec Despréaux, le maître à danser, et s’efforçait, avec gaucherie et patience, d’apprendre la valse.