Aussitôt elle écrivit à son père pour lui accuser réception de sa dépêche et de la nouvelle qu’elle contenait:

«J’avoue, ajoutait-elle, que je suis extrêmement frappée. Quoique je n’aie jamais eu de sentiment vif, d’aucun genre, pour lui, je ne puis oublier qu’il est le père de mon fils, et que, loin de me maltraiter, comme le monde le croit, il m’a toujours témoigné tous les égards, seule chose que l’on puisse désirer dans un mariage de politique. Je suis donc très affligée, et, quoiqu’on doive être heureux qu’il ait fini son existence malheureuse d’une façon chrétienne, je lui aurais cependant désiré encore bien des années de bonheur et de vie, pourvu que ce fût loin de moi...»

Ces sentiments ne révèlent pas un très vif souvenir des premières heures d’intimité, au lendemain de l’initiation brusque du palais de Compiègne.

Elle fut cependant ardemment aimée par celui qui semblait d’abord n’avoir obéi qu’à un désir vaniteux. Il avait pu convoiter la fille de l’Empereur d’Autriche et vouloir des enfants d’une archiduchesse; une fois maître et époux, il devint aimant et esclave. Ce fut réellement la femme qu’il aima en elle.

Il s’ingéniait à lui plaire. Il multipliait les cadeaux, il prodiguait les attentions.

Marie-Louise recevait tout avec son indifférence hautaine, comme un tribut qui lui était dû.

Une seule gâterie parut lui arracher un cri de joie et de reconnaissance.

Nous avons dit avec quel désespoir Marie-Louise avait dû se séparer de son chien Zozo. L’aversion de Napoléon pour ces animaux d’appartement avait paru nécessiter l’abandon du king’s-charles. Berthier avait reçu les confidences de l’archiduchesse à la suite de ce gros chagrin, et, en excellent courtisan, il avait projeté de faire, si Napoléon y consentait, une agréable surprise à sa jeune Impératrice.

Il avait donc, secrètement, le jour du départ, après la dernière caresse faite par Marie-Louise à Zozo, emballé le toutou dans une caisse capitonnée, et l’avait ainsi transporté jusqu’à Paris.

Là, Berthier raconta à l’Empereur quel hôte, non compris sur la liste de la suite autrichienne, il lui amenait.