Loin de se fâcher, l’Empereur sourit et félicita Berthier d’avoir songé à procurer cette satisfaction à l’Impératrice. Il fit aussitôt disposer une jolie corbeille de soie rose dans une pièce voisine de la chambre de Marie-Louise. Adroitement, il amena la conversation sur le king’s-charles laissé à Vienne, et, comme la jeune femme témoignait son chagrin, il ouvrit brusquement la porte, en disant avec la joie dans les yeux du bonheur qu’il préparait à celle qu’il aimait:
—Ne pleure plus, ma Louise... Voilà ton petit compagnon retrouvé!
Marie-Louise se précipita sur Zozo, le couvrit de caresses et, sa première tendresse apaisée, revint à l’Empereur qu’elle embrassa de bon cœur, pour la première fois peut-être. Le grand homme amoureux s’estima trop content d’avoir les restes du king’s-charles et, toute la journée, il eut une fête dans l’âme.
Non seulement pour sa Louise, comme il la nommait, car il s’était mis à la tutoyer et exigeait qu’elle lui rendît le même tutoiement, ce qui, d’ailleurs, ne choquait nullement cette princesse de goûts très bourgeois, il surmontait son aversion pour les petits chiens de dames, mais encore il modifiait l’une de ses habitudes les plus invétérées: celle de manger vite et de traiter les repas comme une simple halte au milieu des affaires de la journée.
Marie-Louise avait un appétit de garde-chasse. Il lui fallait rester longtemps à table et les menus devaient être chargés. Napoléon s’y résigna, heureux de la voir s’empiffrer à son aise.
Pour elle, à quarante-et-un ans, il avait repris ses habitudes de jeunesse joueuse, sa gaîté d’écolier lâché, du temps des parties de barres, du colin-maillard et des quatre-coins, dans le parc de la Malmaison. Il s’amusait avec elle à des jeux de ballon, à cache-cache, au chat perché.
Le soir, sous les arbres de Compiègne et de Saint-Cloud, il organisa avec les dames des jeux dits innocents et on put voir le vainqueur de l’Europe «sur la sellette» ou bien derrière un paravent demandant la sœur Louise en qualité de portier du couvent.
Marie-Louise voulut avoir un cheval; ce fut lui-même qui s’improvisa maître de manège et quand elle sut monter, il négligea, pour la première fois de sa vie, les grandes affaires de l’Etat, les ordres à dicter, les états et les situations à vérifier, tout le détail de l’administration de son vaste empire qu’il voulait surveiller de ses propres yeux, pour s’en aller galoper aux côtés de la jeune amazone.
Malheureusement à tout instant des complications survenaient dans la politique qui le forçaient à interrompre la chevauchée et à remonter précipitamment dans son cabinet.
Il s’éloignait le cœur gros, laissant Marie-Louise insoucieuse, plutôt gaie, continuer sans lui sa promenade.