Alors, à point nommé, comme s’il eût guetté le moment où l’Empereur devait s’éloigner, le comte de Neipperg paraissait et l’Impératrice lui faisait un signe amical. Il accourait:

—Pars, Napoléon, disait l’Impératrice, je ne veux pas te disputer à Savary ou à Talleyrand... va t’occuper de tes soldats et de tes espions de police, moi je ferai encore deux ou trois temps de galop... Oh! sois sans inquiétude! il ne m’arrivera rien... d’ailleurs Neipperg m’accompagnera!...

Avec un gros soupir, l’Empereur tournait bride et rentrait au palais, nullement inquiet d’ailleurs en ce qui concernait Neipperg.

Cet écuyer autrichien avait été placé auprès de Marie-Louise par son père. C’était une sorte de tuteur choisi par François II; il ne pouvait lui venir à la pensée de le soupçonner d’une intrigue galante avec Marie-Louise.

L’âge de Neipperg, sa situation subalterne ajoutaient à la confiance de l’Empereur.

Il lui était d’ailleurs permis de supposer, sans fatuité, que Marie-Louise n’irait pas lui préférer ce surveillant, sans gloire, sans prestige, posté à ses côtés par François II pour remplacer la duègne de la cour de Vienne.

Mais, avec les femmes, fussent-elles impératrices, l’invraisemblable devient souvent la vérité et le pire est presque toujours certain.

La jalousie de Napoléon à l’endroit de Neipperg s’éveilla brusquement.

Il accompagnait l’Impératrice dans une de ces rapides chevauchées à Saint-Cloud, quand, à un détour du chemin, au pied d’une côte montant vers Montretout, une gigantesque silhouette apparut, debout sur la route...

L’homme, le géant plutôt, portait une vieille capote bleutée, sur laquelle brillait l’étoile des braves, une casquette plate. Il avait le bras gauche en écharpe, mais le bras droit, très valide, tenait horizontalement, dans la position du soldat présentant les armes, une grosse et longue canne à pomme d’argent.