Elle était d’une humilité qui ne laissait rien à désirer.
Le général Malet, après avoir énuméré ses disgrâces, terminait ainsi:
«Tant d’infortunes, sire, seraient faites pour porter la désolation dans l’âme la plus courageuse; mais une pensée consolante vient se présenter à mon imagination, c’est que le plus bel attribut du pouvoir monarchique est celui qu’a le monarque de faire cesser et de réparer d’un seul mot les malheurs non mérités de plusieurs condamnés.
»J’attendrai ce mot, sire, de votre justice et de votre bonté pour obtenir ma liberté, et comme j’ai le regret de penser que mes services ne peuvent plus être utiles à Votre Majesté puisqu’elle m’a mis à la retraite, par son décret du 31 mai 1808, je la supplie de vouloir bien donner l’ordre à son ministre de la guerre de me faire payer ma solde de retraite à l’Ile de France, où j’ai l’intention de me retirer avec ma famille, si Votre Majesté n’y voit aucun inconvénient.
»Je suis, avec un profond respect, sire, de Votre Majesté, le très humble, très obéissant et fidèle serviteur.
»Général Malet.»
L’Empereur murmura:
—Ce sont là de très bons sentiments... et j’aime à constater ce repentir qui paraît sincère chez le général Malet... mais je ne peux lui accorder la liberté qu’il réclame... ce serait d’un déplorable exemple... il faut étouffer jusqu’à un soupçon de rébellion dans l’armée... Tout ce que je puis faire, madame, c’est d’autoriser le général Malet à sortir de Sainte-Pélagie... il séjournera encore quelque temps dans une maison de santé... sa captivité sera ainsi adoucie... après, j’aviserai. Es-tu content, La Violette?
Et Napoléon se tourna vers le tambour-major avec gaîté. Au fond il était enchanté de se montrer clément envers un ennemi qui paraissait aussi peu redoutable que le général Malet.
Il allait remettre son cheval au petit trot et rejoindre l’Impératrice, qui, au cours de l’audience ainsi accordée en plein air, s’était éloignée en compagnie de Neipperg, quand la solliciteuse dit: