—Au ministre de la police, sire, à monsieur le duc d’Otrante...
—Fouché ne m’a rien dit!... Il ne m’a pas parlé de ce marquis de Louvigné, ni de ce complot... le coquin! Il est d’accord avec eux, grommela l’Empereur, très irrité... C’est bon, madame; si les choses sont ainsi que vous me le dites, j’aviserai, et je ferai justice!...
Et l’Empereur, très agité, tourna son cheval et le lança dans la direction qu’avait prise l’Impératrice, tandis que La Violette faisait décrire à sa canne, de son bras valide, une série de moulinets en signe de satisfaction, et disait à Renée:
—Ça marche!... l’Empereur a pris votre papier et il a dit qu’il s’occuperait de Marcel... Il ne l’oubliera pas, allez! C’est qu’il a de la tête, notre Empereur!... Vous avez vu comme il m’a reconnu, comme il a dit tout de suite: «Parbleu! ce grand imbécile-là, c’est La Violette!»
Renée, rassurée par l’attitude de l’Empereur, reprit espoir et dit à La Violette, en lui montrant une guinguette dont la verte tonnelle invitait à la halte:
—Chef, vous devez avoir soif... Venez, je vous invite...
—Une bouteille n’est pas de refus, Joli Sergent!... Il fait chaud... et puis, de parler à l’Empereur, ça m’altère...
—Je vais écrire à mon prisonnier, dit Renée; j’ai hâte de lui donner ces bonnes nouvelles... Le général Malet transféré dans une maison de santé, c’est un acheminement vers la liberté. Quant à Marcel, l’Empereur, mieux informé, ne le laissera pas dans un cachot...
—Buvons à sa sortie... et puis aussi à la santé de notre Empereur! dit gaiement La Violette, s’attablant sous la tonnelle où Renée le suivit, moins triste, souriant presque.
Tandis que Renée écrivait à Marcel et que La Violette se remémorait ses campagnes en vidant bouteille, Napoléon courait à travers le parc, cherchant l’Impératrice.