L’Empereur, dont la colère ne pouvait tenir en face des charmes de sa femme, pour lui tout-puissants, balbutia une protestation.
La jalousie était un sentiment d’infériorité dont il devait se trouver exempt. Neipperg, placé par l’empereur d’Autriche auprès de sa fille, ne pouvait lui donner de l’ombrage; cependant la familiarité visible et la grande place que semblait prendre cet écuyer dans l’affection de sa souveraine exigeaient son départ...
Il recevrait, avec une jolie indemnité, l’ordre de s’en retourner en Autriche.
Marie-Louise n’insista pas pour garder auprès d’elle son écuyer.
Mais elle éprouva une vive colère de la mesure prise par Napoléon.
Il lui sembla ridicule avec ses soupçons, odieux avec sa jalousie.
Neipperg, auquel elle avait jusque-là témoigné seulement de la bienveillance, lui parut une victime de la tyrannie conjugale.
Elle s’occupa de lui, passa en revue dans son esprit les mille détails qui lui avaient échappé de leurs entretiens de chaque jour. Il garda une place considérable dans sa pensée. Elle se ressouvint avec attendrissement de la première fois qu’elle l’avait rencontré. L’aventure de l’étang et de la fleur prit alors un relief exceptionnel à ses yeux. Elle comprit que Neipperg l’aimait.
Elle s’avoua qu’il ne lui déplaisait pas, et avec complaisance, elle se mit à énumérer ses attentions, ses soins, ses attitudes, son air respectueux toujours et pourtant légèrement dominateur, qui faisait qu’auprès de lui, elle, l’orgueilleuse impératrice, si peu impressionnée par Napoléon, se sentait faible, soumise, vaincue...
Le jour du départ de Neipperg, elle pleura en cachette dans sa chambre, consigna Napoléon sous prétexte de migraine, et, au moment où l’écuyer congédié montait en berline, une femme de chambre lui remit une petite boîte, qu’il ouvrit avec émotion et bonheur: