La boîte contenait une bague avec une fleur bleue, semblable à celle de Schœnbrunn, une de ces fleurs d’Allemagne que l’on nomme myosotis et encore: ne m’oubliez pas!...

Neipperg passa la bague à son doigt, mit la fleur sur son cœur, et, montant dans la voiture, lança à tout hasard un baiser dans la direction de la chambre où se trouvait l’Impératrice.

Marie-Louise, derrière un rideau, immobile et haletante, suivait des yeux Neipperg s’éloignant; elle reçut le baiser des yeux, et du fond du cœur le rendit.

[XI]
LA DISGRACE DE FOUCHÉ

L’Empereur s’était renfermé dans son grand cabinet pour prendre connaissance du dossier concernant le marquis de Louvigné, qu’il s’était fait apporter. L’archichancelier Cambacérès, mandé par lui, l’aidait à en faire le dépouillement.

Les paroles de Renée, le soupçon qu’il avait d’une trahison de son ministre de la police, venaient confirmer des craintes que les conspirations militaires à l’intérieur faisaient naître en lui. Il n’ignorait pas les agissements du comte de Provence à Londres, mais Fouché, chaque fois qu’il était questionné, répondait avec tant d’assurance qu’aucun péril n’était à redouter de ce côté, qu’il finissait par oublier ceux qui, à l’étranger, attendant toujours une défaite, préparaient une restauration, alors jugée impossible autant qu’invraisemblable.

Le danger n’était donc plus du côté des militaires mécontents, comme Malet, rêvant de soulèvement de régiments et de coups de main de garnison. Ces insurrections de caserne étaient improbables. Les termes de la lettre du général Malet prouvaient que, pour le moment du moins, les Philadelphes avaient renoncé à leurs projets.

Restait l’inconnu de la royauté, les manœuvres des Bourbons, les intelligences entretenues en France par les princes avec l’argent et la complicité de l’Angleterre. Là peut-être se trouvait le vrai danger.

Le comte de Louvigné, agent obscur, d’autant plus redoutable, aurait dû être arrêté dix fois. Prévenu sans doute à l’heure actuelle, il avait pu regagner l’Angleterre.

Fouché l’avait laissé en liberté. Il y avait de sa part ou culpabilité ou sottise: ou bien il ignorait son rôle d’agent des princes, et alors Fouché devait être renvoyé comme incapable, ou bien il connaissait la présence du marquis de Louvigné à Paris et le but qu’il poursuivait; dans ce cas Fouché était un traître et devait être puni.