Le préfet de police, ennemi du duc d’Otrante, s’inclina sans répondre; il n’approuvait ni ne contestait la qualification donnée par l’Empereur à son chef.

Napoléon, reprenant sa promenade, s’adressa alors à Cambacérès:

—Oui, c’est un misérable! un grand misérable!... mais qu’il ne compte pas faire de moi ce qu’il a fait de son Dieu, de sa Convention et de son Directoire qu’il a tour à tour bassement trahis et vendus. J’ai la vue plus longue que Barras, et avec moi, ça ne sera pas si facile!... Qu’il se tienne donc pour averti... Mais il a des notes, des instructions de moi et j’entends qu’il me les rende...

Puis revenant à Dubois:

—Je sais, dit-il, que vous êtes ennemis Fouché et vous... je vous ai malgré cela choisi pour aller auprès de cet homme remplir une importante mission... importante surtout pour lui, car il y va de sa tête!...

—Sire, dit Dubois, que Votre Majesté daigne me dispenser de l’honneur qu’elle veut me faire... Elle-même vient de le dire... le duc d’Otrante est mon ennemi... il croira que je vais chez lui pour le braver...

—Silence! reprit l’Empereur. Vous allez auprès de lui pour remplir une mission d’Etat que seul vous pouvez mener à bien... Ecoutez bien, Fouché a reçu de moi, pendant son ministère, beaucoup de notes, des lettres confidentielles: je veux les ravoir...

—Votre Majesté ne les lui a pas redemandées?

—Si fait... à plusieurs reprises... Savez-vous ce qu’il a répondu: qu’il les avait brûlés, ces papiers!... Lui, Fouché, brûler mes papiers, des papiers écrits de ma main, allons donc!...

—Sire, j’exécuterai vos ordres... je redemanderai ces notes...