—Oui... sur-le-champ il me les faut! Je viens d’avoir la preuve que Fouché me trahissait... qu’il était d’intelligence avec les agents royalistes... je veux le mettre hors d’état de me nuire... il n’est plus ministre de la police... Vous allez partir pour son château de Ferrières où il est maintenant, vous exigerez de lui, en mon nom, tous mes papiers...

—Sire, il m’en faudrait la liste...

—La voici!... dit-il en jetant à Dubois la grande feuille d’hiéroglyphes.

—Et si monsieur le duc d’Otrante refuse? demanda le préfet persuadé que le rusé ministre ne se dessaisirait jamais de papiers qui étaient sa sauvegarde, les papiers relatifs à l’exécution du duc d’Enghien.

—S’il refuse! s’écria l’Empereur avec colère, vous prendrez dix gendarmes... qu’il soit mené à l’Abbaye... et je lui ferai voir qu’un procès peut se conduire rapidement... Allez, mon cher Dubois, et débarrassez-moi de ce traître!...

Soulagé par cet acte de vigueur, l’Empereur signa le décret qui nommait le duc de Rovigo ministre de la police, et aussitôt sa fureur disparut; il congédia avec un sourire Cambacérès et Dubois. Puis il descendit chez l’Impératrice, la surprendre au milieu de ses femmes; pour se distraire il la pria de lui jouer un air de harpe.

Dubois s’acquitta de son mieux de sa mission, mais il ne put rien saisir à Ferrières: Fouché avait mis en lieu sûr les papiers qu’il vendit par la suite à Louis XVIII. Ces papiers n’avaient d’ailleurs pas l’importance que leur attribuait Napoléon. Ils établissaient surtout que l’exécution du duc d’Enghien avait eu pour instigateur Savary, depuis duc de Rovigo, le successeur même de Fouché.

Fouché, après avoir protesté devant Dubois du respect avec lequel il accueillait sa disgrâce, et annoncé son prochain départ pour Rome, quitta secrètement Ferrières et vint s’embusquer à Paris, dans une petite maison très discrète.

Là, entouré d’agents sûrs, qu’il employait à une besogne de contre-police personnelle, il surveilla étroitement l’Empereur, l’Impératrice et ceux qui les approchaient.

Etant au ministère, il lui était arrivé de recevoir des rapports assez obscurs, mais dont le contenu l’avait vivement intéressé, sur le compte de l’écuyer autrichien, placé par S. M. François II auprès de Marie-Louise, M. de Neipperg.