Quelques observations personnelles lui avaient permis de vérifier l’exactitude des indications fournies par ses agents.
—Le comte de Neipperg est amoureux de l’Impératrice, se dit-il, en souriant,—et son profil de renard prenait une expression de malice extraordinaire... la chose est évidente... elle l’était même trop, puisque l’Empereur s’en est aperçu et qu’il a congédié l’écuyer.
Il réfléchit un instant, huma une légère prise de tabac, puis se dit avec un nouveau sourire:
—L’Impératrice l’aime-t-elle?... Question à vérifier... d’ailleurs, je verrai bien... Neipperg est parti... mais il reviendra... je suis certain qu’il ne fera qu’une courte apparition à Vienne... juste le temps de laisser vérifier par l’ambassadeur de France sa présence... et qu’il repartira aussitôt.
Il prit une seconde prise de tabac en murmurant:
—Comme le lièvre au gîte, ce galant retournera au palais... alors je le happerai au passage et le rapporterai, en chien fidèle, à l’Empereur qui ne pourra nier mon zèle et réparera son injustice présente... ou bien, car l’Impératrice est puissante et peut beaucoup auprès de Napoléon, je la préviendrai du danger... je la protégerai... je la sauverai... Et Marie-Louise m’en témoignera de la reconnaissance... Les amours des souverains, c’est le salut des serviteurs méconnus comme moi!...
Et enchanté de sa perspicacité, Fouché, confiant, rassuré, se dit en se frottant les mains:
—Que Neipperg revienne d’ici deux mois... et je vous renverrai dans vos terres, monsieur le duc de Rovigo!...
[XII]
LE RETOUR
—Voici le chapeau de madame la duchesse! dit la femme de chambre, Lise, ouvrant la porte du salon où Catherine Lefebvre, debout devant une psyché, se cambrait, se carrait, s’admirait, essayant une robe d’amazone que la couturière venait de lui apporter.