Il parcourait d’un œil furieux des journaux étrangers, remplis de correspondances scandaleuses visant sa vie privée, surtout celle de ses sœurs... Le sabreur Junot, l’amant de Caroline et le pompeux M. de Fontanes, grand-maître de l’Université, faisaient les frais de ces anecdotes malveillantes.

Après avoir lu, l’Empereur froissait et jetait au feu les fragments de ces feuilles hostiles, découpés et présentés chaque jour par Savary.

Un de ces venimeux articles avait plus particulièrement irrité l’Empereur: il y était parlé de la disgrâce infligée à M. de Neipperg, l’écuyer de l’Impératrice, placé auprès d’elle par son auguste père, et on y insinuait que, depuis le départ de ce cavalier servant, Marie-Louise se désespérait, languissait et maudissait la jalousie de Napoléon.

A ces causes de nervosité était venu s’adjoindre un très vif mécontentement: ses deux sœurs, toujours en querelle,—Elisa de plus en plus jalouse de Caroline faite reine, alors qu’elle n’était que duchesse de Lucques et de Piombino,—avaient eu avec lui une altercation qui, commencée en français, s’était terminée en patois corse, avec une exubérance de gestes toute méridionale.

Au milieu de la dispute Napoléon, impatienté, cherchant vainement à imposer silence aux deux bavardes corneilles, cessant de tisonner dans la cheminée où il se chauffait rageusement les pieds, avait empoigné les pincettes et les brandissant d’une façon comique et terrible, en avait menacé ses sœurs, comme au temps des misères et des plaintes dans la pauvre maison de Marseille.

La maréchale Lefebvre, contre laquelle la reine de Naples et la grande-duchesse de Lucques et de Piombino avaient déposé une plainte en règle, pouvait donc s’attendre à une réception peu aimable.

Elle s’était cependant armée de courage et, confiante dans sa présence d’esprit, elle s’était préparée à tenir tête au maître redouté qui la mandait pour la tancer.

A tout hasard, comme une arme de défense suprême, avant de se mettre en route, fouillant dans le «bonheur du jour» où elle serrait ses bijoux et ses objets les plus précieux, elle en avait tiré un papier jauni, aux plis fatigués, aux cassures vénérables, attestant un long séjour dans un portefeuille.

Elle fit glisser en son corsage cette paperasse qu’elle avait considérée un instant avec attendrissement, comme un témoin évocateur du passé, et, plus forte, se sentant capable de riposter aux coups de boutoir de l’Empereur, elle traversa d’un pas assez ferme les longs corridors du palais de Compiègne, les vestibules où sommeillaient les officiers de service, et arriva devant le seuil du cabinet impérial.

Roustan, le fidèle mameluck, montait la garde.