Un des aides de camp annonça la duchesse de Dantzig et se retira.
Catherine Lefebvre entra, fit la révérence gravement et attendit, debout, que l’Empereur, lisant un état remis par le ministre des Finances, lui adressât la parole.
Un silence profond emplissait le cabinet de Napoléon.
On n’entendait que le tic-tac régulier d’une belle horloge aux colonnes de bois tors avec des appliques de cuivre doré, et le sifflement doux des bûches brûlant dans la cheminée.
Tout à coup l’Empereur releva brusquement la tête:
—Ah! vous voilà, madame la maréchale! Eh bien! j’en apprends de belles sur votre compte... que s’est-il passé avant-hier?... toujours des violences de langage, des expressions crues, qui donnent à rire à tous les gazetiers de l’Europe et font ressembler ma cour au carreau des Halles... Je sais que vous n’êtes point sotte... mais vous ne pouvez parler le langage des cours... vous ne l’avez pas appris... Oh! je ne vous en veux pas de cette ignorance... je n’en veux qu’à Lefebvre de s’être marié sergent quand il avait dans sa giberne un bâton de maréchal!...
Napoléon s’arrêta, alla à la crédence où se trouvait placée la cafetière sur un réchaud, se versa une demi-tasse et avala brûlante l’odorante boisson.
Puis, revenant à Catherine, immobile, calme, laissant passer l’averse:
—Votre situation à la cour est devenue impossible... vous partirez donc... votre douaire sera réglé... vous n’aurez pas à vous plaindre des conditions de fortune dans lesquelles vous serez placée... Votre divorce ne changera rien à votre rang, à vos prérogatives... j’ai déjà dit tout cela à Lefebvre, vous en a-t-il parlé?...
—Oui, sire... Lefebvre m’a tout dit...