—Et que lui avez-vous répondu?
—Moi?... je lui ai ri au nez!...
L’Empereur, de surprise, lâcha la tasse d’argent qu’il enlevait de la soucoupe. Elle retomba avec un bruit argentin.
—Que signifie ce langage?... et Lefebvre, lui, qu’a-t-il dit, qu’a-t-il fait?
—Il m’a embrassée en jurant qu’il ne vous obéirait pas!...
—C’est trop fort!... vous osez me répondre ainsi, à moi, votre Empereur, votre maître!...
—Sire, vous êtes notre maître, notre Empereur, c’est exact, dit avec fermeté la maréchale; vous pouvez disposer de nos biens, de notre existence à Lefebvre et à moi... nous vous devons tout!... vous êtes l’Empereur, et vous pouvez, d’un geste, d’un simple signe, lancer sur le Danube ou sur la Vistule cinq cent mille hommes qui, avec joie, se feront tuer pour vous... Mais vous ne pouvez pas faire que Lefebvre et moi nous ne nous aimions pas, vous ne pouvez pas nous séparer... Votre puissance s’arrête là... et si vous avez tenté de gagner cette bataille, vous la perdrez!...
—Vous croyez?... Mais, madame, puisque vous avez la langue bien pendue à ce que j’entends... vous devriez savoir la retenir et ne pas donner à ma cour le spectacle de scandales trop fréquents... comme celui d’hier... N’avez-vous pas insulté la reine de Naples, la grande duchesse de Lucques et de Piombino?... Vous ne respectez pas l’Empereur dans la personne des membres de sa famille... Puis-je tolérer ces impertinences publiques, ces outrages qui semblent une gageure?...
—Sire, vous avez été mal informé... Je n’ai fait que me défendre... les insultes ne venaient pas de moi... Les sœurs de Votre Majesté outrageaient l’armée!...
Napoléon fit un bond sur son fauteuil, où il s’était jeté dans un de ces accès de brusquerie qui lui étaient familiers.