—Vous avez mis d’ailleurs bien du temps à vous en apercevoir, sire, que j’avais la peau satinée...

—Moi!... vous ai-je donc déjà eue comme cela... près de moi?... dit Napoléon se rapprochant encore, et tapotant doucement le bras dodu de Catherine...

—Oui, sire... oh! il y a longtemps... bien longtemps... c’était au moment du 10 Août... je n’étais pas encore engagée avec Lefebvre... je suis venue le matin, dans une petite chambre de l’hôtel Maugeard, rue du Mail... où vous logiez alors...

—C’est exact!... au deuxième étage...

—Non!... au troisième...

—Et que diable veniez-vous faire dans ma chambrette d’officier d’artillerie?... demanda Napoléon de plus en plus intéressé par tout ce que lui apprenait la duchesse de Dantzig.

—Pardine!... je venais vous rapporter votre linge... vous en aviez grand besoin... Ah! alors, si vous aviez voulu... je ne dis pas que j’aurais été capable de m’en retourner comme j’étais venue... mais vous ne pensiez guère à moi!... vous aviez le nez fourré sur une carte de géographie et tant que je suis restée là, vous n’avez pas bougé plus qu’un terme... C’est comme cela que j’ai épousé Lefebvre!... je ne l’aimais pas encore, et je l’adore à présent... Si vous vous étiez déclaré, je vous aurais préféré à lui, vrai, comme je vous le dis!... Mais tout cela c’est des histoires de l’autre monde... il n’y faut plus penser, sire!...

Et Catherine, en achevant de narrer la scène que nous avons relatée aux premières pages de ce récit, lança à l’Empereur un coup d’œil ironique.

Napoléon la regardait attentivement. Son œil si profond s’emplissait de lueurs étranges à cette évocation du passé. Il reprit avec curiosité:

—Vous étiez donc alors...?