—Blanchisseuse!... mon Dieu oui, sire... c’est ce que m’ont encore reproché vos sœurs...

—Blanchisseuse!... blanchisseuse!... grommelait l’Empereur, vous avez donc fait tous les métiers? Cantinière, passe encore, mais blanchisseuse!...

—Sire, on fait ce qu’on peut quand on veut vivre honnêtement. Sans compter que le métier n’était déjà pas si bon... avec les mauvaises paies... Ainsi, tenez, croiriez-vous qu’il y a dans votre palais un militaire qui me redoit encore une note de cette époque-là...

—Vous ne comptez pas sur moi pour vous la faire payer? dit Napoléon, moitié riant, moitié fâché.

—Mais si, je ne compte que sur Votre Majesté...

—Vous êtes folle!

—Très raisonnable! Je ne réclame que mon dû... D’ailleurs mon débiteur a fait son chemin... il a une belle position aujourd’hui, fit-elle avec une pointe de raillerie, en regardant l’Empereur.

Et elle ajouta, fouillant dans son corsage, et tirant le papier jauni qu’elle y avait glissé quand le chambellan était venu la demander:

—Oh! il ne peut pas nier sa dette... j’ai là une lettre où, reconnaissant la créance, il me priait d’attendre un peu... tenez!... voyez! voici ce qu’il écrivait: «... Je ne puis en ce moment vous régler votre note, ma solde insuffisante pour moi doit encore servir à subvenir aux besoins de ma mère, de mes frères et de mes sœurs, réfugiés à Marseille, à la suite des troubles dont la Corse a été le théâtre... Quand je serai réintégré dans mon grade de capitaine d’artillerie...»

Napoléon s’était élancé vers elle. Il lui prit vivement la lettre qu’elle lisait, et en proie à une visible et profonde émotion: