Les membres du cercle supérieur réunis là étaient presque tous de vieux républicains: Florent-Guyot, ancien député de la Côte-d’Or à la Convention, avait été envoyé en mission dans le Nord. Ministre de France à La Haye, Bonaparte l’avait distingué et l’avait nommé substitut du procureur général. Il lui en savait gré en voulant le faire assassiner.

Ricord, ancien conventionnel, envoyé en mission dans le Midi, avait été très lié avec Bonaparte, lors du siège de Toulon. Il avait été arrêté comme complice de Babeuf et acquitté par la haute-cour de Vendôme.

Baude, fabricant de masques, était également un acquitté du procès de Vendôme.

Blanchet, ouvrier dessinateur, s’était signalé par sa résistance aux thermidoriens.

Gariot, Delavigne, Baudemont, Ricard, appartenaient au commerce parisien. Bournot était chef de bataillon. Jacquemont, ancien membre du tribunal, chef de bureau au ministère de l’intérieur. Gindre était médecin, Lemarc administrateur du département du Jura.

Poilpré, capitaine en retraite, Liebaut, avocat, Rigomard Bazin, ancien volontaire de 92, journaliste, et Demaillot, propriétaire, complétaient le comité supérieur des Philadelphes.

Deux des personnages de cette réunion nous sont déjà connus: Marcel et le marquis de Louvigné.

Marcel avait conservé, durant les guerres de la République et du Consulat, ses sentiments de philosophe cosmopolite. Il maudissait la guerre et rendait responsable de ses maux la tyrannie de Bonaparte. Avec zèle et dévouement il avait, sur les champs de bataille, donné ses soins aux blessés. Nous avons vu qu’il n’avait pas hésité à accompagner Catherine Lefebvre, lorsqu’il s’était agi de s’aventurer parmi les décombres du château de Lowendaal, le soir de Jemmapes, et qu’il avait été assez heureux pour en retirer le petit Henriot, bientôt rétabli, grâce à ses soins.

Marcel, rêvant une République universelle, fondée sur la fraternité et sur la paix, où tous les hommes, déposant les armes, ne se rencontreraient que pour échanger les produits du travail commun et célébrer des fêtes joyeuses, avait été acquis des premiers à l’Association des Philadelphes. Il en était devenu le secrétaire et portait le nom d’Aristote.

L’autre personnage, un robuste gaillard, à physionomie énergique, au visage traversé d’une balafre et dont toutes les allures dénotaient l’homme d’action, était le marquis de Louvigné, le mari de cette grasse et aventureuse châtelaine, la mère de Renée, dont le comte de Surgère avait fui, jusqu’à Coblentz, l’intimité trop pesante.