—Minuit n’est pas, en effet, l’heure habituelle pour présenter ses lettres de créance...

—C’est l’heure que m’a indiquée ma souveraine...

—L’Impératrice vous a donné rendez-vous à minuit!... dans sa chambre!...

—A minuit S. M. l’Impératrice devait me remettre la réponse que je sollicite d’elle au nom de l’empereur d’Autriche, mon maître...

—L’Impératrice n’a pas pu prendre un tel engagement... vous mentez, monsieur!...

Neipperg tressaillit sous l’insulte.

—Sire, dit-il, les dents serrées, je suis général autrichien, j’ai rang de ministre plénipotentiaire... Je suis ici le représentant de mon souverain auprès d’une archiduchesse d’Autriche... Vous m’outragez... dans votre palais, où je ne puis ni vous répondre, ni vous imposer les égards qui me sont dus, Sire, c’est une lâcheté!

—Misérable! s’écria l’Empereur, justement mis hors de lui par l’audacieuse impertinence de cet homme qui essayait de le braver, dans son propre logis, après avoir essayé de lui voler sa femme...

Et, dépassant la mesure, son tempérament violent reprenant le dessus, d’un geste irréfléchi, Napoléon, portant la main à la poitrine de Neipperg, ajouta:

—Vous êtes venu, la nuit, chez moi, comme un assassin, vous êtes indigne de porter les nobles insignes de votre grade!