—Gardez M. de Neipperg dans la salle qui vous est réservée. Qu’on prévienne le duc de Rovigo. Qu’il prenne les mesures nécessaires pour qu’une cour martiale se réunisse sur l’heure, qu’elle établisse l’identité du coupable et, après avoir constaté le flagrant délit de l’attentat commis sur ma personne, qu’elle rende sa sentence. Au point du jour, j’entends que tout soit fini.
Et, tandis qu’on emmenait M. de Neipperg dans la salle des aides de camp, Napoléon rentra dans sa chambre laissant, consternés et sous une impression d’angoisse poignante, tous ceux qui avaient été les spectateurs de cette scène tragique.
[XV]
LA DETTE DE LA CANTINIÈRE
La maréchale était demeurée accablée en entendant l’arrêt terrible prononcé par Napoléon.
Elle cherchait vainement le moyen de sauver Neipperg.
Songer à intercéder pour lui auprès de l’Empereur était folie. Neipperg était condamné. Rien ne pouvait le soustraire à la vengeance de Napoléon. Le souverain tout-puissant punissait l’outrage fait au mari.
Elle ruminait, dans sa tête, vingt moyens, tous plus impossibles, plus impraticables les uns que les autres, quand Lefebvre parut.
Il était en grand uniforme, le front soucieux, visiblement accablé par la nouvelle de l’arrestation de Neipperg que venait de lui apprendre un aide de camp.
—Eh bien! lui dit sa femme, tu sais...
—Tout, hélas!... le malheureux s’est perdu lui-même...