—As-tu un moyen pour apitoyer l’Empereur, pour obtenir sa grâce?...

—Aucun. L’Empereur m’a fait appeler... en ma qualité de maréchal du palais intérimaire, c’est à moi que revient la triste mission de présider la cour martiale qui va juger cet infortuné...

—Et tu obéiras?

—Est-ce qu’on désobéit à l’Empereur!...

—Pourtant tu le sais, le comte de Neipperg m’a sauvé la vie autrefois à Jemmapes. Moi aussi, on allait me fusiller comme un homme; sans lui, je ne serais pas là...

—Oui, nous avons contracté une dette envers lui, dit Lefebvre d’une voix sombre, et puis tu l’avais empêché d’être tué aussi, le matin du Dix-Août: ça engage ces choses-là... Ah! tonnerre! et je ne puis rien faire pour lui... mon devoir m’oblige!... Oh! il y a des moments où c’est pénible le devoir et où l’on se demande si vraiment c’est vrai et c’est juste la discipline, l’obéissance... Enfin! j’exécuterai l’ordre de l’Empereur, mais il aurait bien dû charger un autre de cette besogne-là!...

—Moi, je ne suis pas maréchal du palais... je n’ai ni devoirs à remplir, ni ordres à exécuter ici... je suis une femme... j’ai pitié de ce malheureux!... Tu as parlé d’une dette, Lefebvre! C’est la cantinière qui doit, la maréchale va essayer de l’acquitter... Laisse-moi faire.

—Que veux-tu tenter?...

—L’impossible!... Voyons, Lefebvre, qui est-ce qui peut pénétrer auprès de l’Impératrice?

—A présent?... personne!... Les ordres sont formels...