—Ah! monsieur Fouché! c’est le ciel qui vous envoie! s’écria Catherine, courant à lui.
—Assez de gens me supposent damné, pour qu’une fois par hasard je paraisse descendre des régions célestes! répondit l’ancien ministre de la police, toujours alerte, ironique et fin, avec son museau de renard et sa face blême et parcheminée. Et que désirez-vous de moi? reprit-il de sa voix qui sonnait faux.
—Vous pouvez me rendre un grand, un immense service...
—Et lequel?... Vous savez que j’ai toujours eu une grande amitié pour vous... nous sommes d’anciennes connaissances!... vous m’avez connu, battant le pavé de Paris, sans autre instrument de fortune que mon civisme et mon ardeur révolutionnaire, moi, je vous ai vue blanchisseuse... et vous voilà duchesse...
—Et, comme on vous l’avait prédit, vous avez été ministre de la police....
—Je l’ai été... et je le redeviendrai! dit Fouché avec un de ces sourires obliques qui éclairaient si curieusement sa physionomie blafarde... mais de quoi s’agit-il, chère duchesse?...
—Vous savez ce qui est survenu à M. de Neipperg...
—Oui... on attend Savary pour le faire fusiller...
—Il ne faut pas que M. de Neipperg meure!... Monsieur le duc, je compte sur vous pour m’aider à le sauver...
—Sur moi?... et pourquoi, diable, compter sur moi?... M. de Neipperg est un Autrichien... un ennemi déclaré de l’Empereur... il n’est ni mon ami, ni mon parent... je ne vois pas du tout pourquoi je m’occuperais de ce personnage... un maladroit... un étourneau qui se jette dans les bras des mamelucks en cherchant ceux d’une jolie femme!