—Elle n’a jamais été si belle! s’écria le nouveau venu, et je dois, camarades, vous en donner la raison: la guerre est déclarée!...
—Approchez-vous, compagnon Léonidas, et veuillez faire connaître aux Philadelphes votre plan, dit Marcel, cédant au nouveau venu l’unique chaise garnissant le local du comité de la rue Bourg-l’Abbé.
[IV]
LE PLAN DE LÉONIDAS
Léonidas, d’une voix contenue, exposa brièvement son projet au comité supérieur.
Il commença par se livrer à une attaque passionnée contre Napoléon. Il lui reprocha son ambition démesurée, ses rêves de conquérant, son origine corse, ses allures de condottière; il n’osa pas nier son génie d’organisateur ni contester ses talents militaires, mais il grandit démesurément Moreau, Masséna, Bernadotte, tous les généraux qui furent les rivaux de Bonaparte, et qui presque toujours se trouvèrent battus quand il n’était pas là. Léonidas, poursuivant son réquisitoire, débita toutes les critiques, toutes les insinuations et toutes les accusations que, par suite, les écrivains royalistes reproduisirent dans leurs pamphlets.
Puis il déclara que les temps étaient propices, qu’il fallait enfin abattre le tyran et rendre à la France la liberté.
L’occasion était offerte: il fallait la saisir; on n’avait pas besoin de risquer un attentat qui pouvait échouer.
L’assassinat était une suprême ressource. Il ne fallait y recourir qu’à défaut d’autre moyen.
Or, on avait mieux. Il allait le démontrer.
La guerre était ouverte. A la tête d’une armée formidable, Napoléon bientôt s’enfoncerait dans les plaines marécageuses de la Westphalie, du Hanovre, du Brandebourg.