Il pouvait y rester. L’important n’était pas qu’il fût enseveli dans les tourbières de la Prusse, mais qu’à Paris on le crût disparu dans la confusion de cette campagne lointaine. Les nouvelles seraient rares, longues à parvenir. Avant que l’erreur fût dissipée et la nouvelle démentie, la révolution aurait abouti.
—Oui, reprit Léonidas avec force, au risque de donner l’éveil aux voisins curieux ou aux agents apostés, il n’est pas nécessaire que Napoléon soit réellement défunt, il suffit que cette nouvelle se répande en France: l’Empereur est mort! pour qu’aussitôt, au milieu d’un effarement général, l’empire s’effondre. N’est-ce pas le colosse aux pieds d’argile!
—Bravo! citoyen Léonidas, dit un des membres, vous profitez donc de l’éloignement de l’empereur pour répandre le bruit de sa mort. Mais quel parti tirerez-vous du désarroi, de l’anarchie qui, selon vous, doivent en résulter dans l’Etat?
—Tout est prévu, répondit Léonidas avec calme.
Et il continua:
Un décret est supposé rendu par le Sénat qui investit votre serviteur du commandement de l’armée de Paris. Le général Masséna est chargé du commandement en chef des armées engagées devant l’ennemi. La garde nationale, par un autre décret, est reconstituée et le général Lafayette en est nommé général en chef.
—Et pour l’intérieur, que décidez-vous? demanda un autre membre.
—Un sénatus-consulte est préparé, qui nomme un gouvernement provisoire...
—Les noms?... pouvons-nous les connaître? demanda Marcel.
—Je ne vois aucun inconvénient à vous les dire: les citoyens Garat, Destutt de Tracy, Lambrecht, sénateur, le général Moreau, l’ancien membre du Directoire Carnot, font partie de ce gouvernement, provisoirement présidé par un militaire.