—Qu’il parte sur-le-champ, et qu’il suive le conseil de l’Impératrice..., qu’on ne le voie plus à ma Cour, qu’il évite de venir en France... Je ne lui en veux pas autrement!... Parbleu! je n’ai jamais cru un seul instant qu’il fût coupable... qu’il y eût la moindre apparence de trahison là-dessous... Une sotte aventure due à la méfiance de mon beau-père qui veut savoir si je rends sa fille heureuse, voilà tout! fit-il avec aplomb... Quant à ce pauvre M. de Neipperg, vous allez voir!
Et l’Empereur, qui était alors comédien de bonne foi et oubliait tous ses soupçons, toutes ses fureurs, appelant M. de Rémusat, lui dit:
—Prenez l’épée de M. de Neipperg, qui est là sur mon bureau, et rendez-la-lui... en l’invitant toutefois à en faire un meilleur usage...
—Et que faudra-t-il faire ensuite? demanda le chambellan.
—Conduire M. de Neipperg à sa voiture, et lui souhaiter bon voyage... M. de Neipperg est libre!...
—Hélas! M. de Neipperg est mort! dit une voix derrière le chambellan.
C’était Savary qui venait d’entrer, accompagné d’aides de camp et d’officiers de service.
—Comment mort? Vous l’avez déjà fusillé? dit l’Empereur avec accablement. Pourquoi cette précipitation? Vous deviez attendre le point du jour.
—Sire, répondit Savary, c’était mon intention. Mais M. de Neipperg s’était évadé. Il avait sauté par la fenêtre. Heureusement des agents avaient été postés là. Ils l’ont cueilli. Ils l’ont mis en voiture et conduit au peloton d’exécution qui attendait dans la forêt. Tenez, M. le duc d’Otrante, qui se trouvait là...
—Oh! par hasard! dit Fouché, s’avançant, sa tabatière à la main.